C’est la semaine où tout redémarre, vraie rentrée politique donc ce matin. Et à la veille de sa conférence de presse, demain à l'Elysée, Nicolas Sarkozy est plutôt mal noté par les Français. Ah ça n'a pas tardé ! On se demandait QUI allait noter Nicolas Sarkozy, depuis qu'on a appris qu'un système d'évaluation était mis en place pour chacun des ministres. Et bien la réponse est venue très vite : les Français tout simplement. Deux sondages en rafale : un CSA pour "Le Parisien" hier, un autre de l'institut LH2 pour "Libération" ce matin. Et pas de 0 pointé, bonne note pour la politique internationale du président et sa posture d'ouverture à gauche. Mais enfin tout de même un "peut mieux faire" en rouge vif sur le bulletin de ce début d'année ! Et dans ces sondages, c'est moins la côte de popularité qui est intéressante - elle baisse, mais c'est la loi de l'exercice du pouvoir - que le manque de confiance désormais accordé à Nicolas Sarkozy sur un thème précis, celui qui préoccupe les Français, celui sur lequel le candidat s'était engagé : le pouvoir d'achat. Et là, la note est sans appel : 62% des personnes interrogées ne croient pas qu'il ait engagé les mesures susceptibles d'améliorer ce pouvoir d'achat. Cette défiance n'est pas un anecdotique aléa sondagier. Elle touche à 2 élements constitutifs en quelque sorte de Nicolas Sarkozy : son identité et son projet politique. Son identité. Faire, réformer, "les Français ne trouveront jamais que j'en fais assez" ne cesse-t-il de répéter. Oui, c'est pour FAIRE que Nicolas Sarkozy a été élu. Mais aujourd'hui, les Français lui posent la question : depuis 7 mois, qu'a-t-il fait, puisque les résultats ne sont pas là ? Pendant toute la campagne, Nicolas Sarkozy a réussi à incarner une sorte de syncrétisme parfait, alliance et alliage des contraires : il se voulait de droite et de gauche, gaulliste et jaurressien, libéral et pragmatique, extraverti et pudique. Aujourd'hui, les Français lui renvoient une photo bien plus contrastée et simpliste : il s'occupe de lui, beaucoup, et ça se voit, mais pas de nous ! Le bonheur personnel et narcissique du président ne saurait nuire à quiconque bien sûr, mais enfin, il devient peut-être un peu insolent, dans son ostentation luxueuse quand les Français rament pour boucler leur fin de mois. Doute donc sur l'identité profonde du président, "et s'il n'en faisait pas plus pour nous que Jacques Chirac ?" se demande l'opinion publique. Scepticisme aussi sur la nature du projet politique de Nicolas Sarkozy. Car les Français semblent commencer à douter du bien fondé de la "trickledown economy". Cette théorie chère à la droite américaine selon laquelle il suffit d'enrichir les plus riches pour que les pauvres en profitent, a largement influencé le début de mandat de Nicolas Sarkozy notamment avec la loi TEPA, sur le travail, l'emploi et le pouvoir d'achat (à lire d'ailleurs sur le sujet le très beau livre de l'irlandais Robert MAC LIAM Wilson "Les dépossédés", sur les effets de cette trickledown theory en Grande-Bretagne) les Français avaient voté en connaissance de cause, ils savaient le candidat ni gauchiste, ni redistributif, ni keynésien, mais ils ont voulu croire à la promesse d'une spirale vertueuse tirant tout le monde vers le haut. Aujourd'hui, une très grande majorité prend acte de l'inefficacité de la méthode. Hier, une de ses ministres, Rama Yade, affirmait pour minimiser l'impact de ces mauvais sondages, "il n'y a pas d'alternative à Sarkozy". C'est vrai aujourd'hui, au regard de l'état de la gauche. Reste à Nicolas Sarkozy à trouver sa propre alternative. Une politique de civilisation peut-être ? C'est sa dernière trouvaille. Très fumeuse pour l'instant, il va falloir demain détailler un peu pour que les Français remontent un peu la notation présidentielle. ___LIVRE Robert Mac Liam Wilson "Les dépossédés", ed. Points, sorti en mai 2007.

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