**Thomas, vous avez lu le livre d’Eric Besson, « Pour la Nation », publié chez Grasset... Il y est notamment question du droit de vote des étrangers pour les élections locales…Et c’est un livre qui entend justifier l’action en matière d’immigration de ce transfuge par des arguments tirés de la tradition Républicaine. Il y est question de l’Etat Nation, des valeurs de la République, de tout notre catéchisme laïque. On dirait qu’il est écrit par un officier de la jeune armée issue de la révolution à peine de retour de Valmy. Tous les mots y sont dans le bon ordre. Même si l’on peut contester les conclusions qu’il en tire et l’action que cela lui inspire, toujours est-il que dans l’expression Eric Besson aurait fait un bon grognard de Jean-Pierre Chevènement ou de Charles Pasqua prônant la réhabilitation de la Nation comme cadre de la République. Disons qu’au total, si le livre tente d’offrir une cohérence entre la pensée et l’action du ministre, il n’arrive toujours pas à convaincre de l’intérêt du débat sur « l’identité nationale » qui parait encore, au mieux déplacé, au pire obscène. Mais concentrons nous plutôt sur un point : le droit de vote pour les étrangers aux élections locales. En bon ministre d’ouverture sensé représenter l’aile gauche de l’UMP, Eric Besson se prononce pour le droit de vote, tout en précisant qu’il pense que la société n’est pas mure! Comme le firent plusieurs fois dans leurs carrières, François Mitterrand et Nicolas Sarkozy. On a souvent l’impression que cette question est généralement utilisé pour ses effets politiques plus que pour faire avancer une idée. C’était le fameux chiffon rouge pour l’extrême droite de François Mitterrand ou une façon de « dédroitiser » son image pour Nicolas Sarkozy. Aucun des deux n’est passé à l’acte. Mais sur le fond. Il y a plusieurs idées reçues ou savamment entretenues sur le sujet. Lesquelles ?D’abord que la société ne serait pas mure ! C’est à voir… la question de savoir si l’autorisation du droit de vote pour les étrangers à la communauté européenne, installés durablement sur notre territoire et payant leurs impôts en France ne trouverait pas une majorité dans l’opinion n’est pas du tout tranchée. Ensuite l’argument, généralement avancé selon lequel le président n’a pas de majorité à l’assemblée pour passer un tel texte est faux. Il n’a pas sa majorité habituelle mais, après tout, on l’oublie trop souvent : il n’est pas le chef de la majorité, il est le chef de l’Etat, il peut très bien inspirer un texte qui trouvera, à coup sur une majorité : toute la gauche plus une partie de la droite. La comparaison n’est donc pas tant à faire avec l’abolition de la peine de mort qu’avec la légalisation de l’avortement. Dans ces conditions on est en droit de demander au Président de la République, parangon du retour du politique, promoteur de l’audace et du courage politique, non pas de relancer un débat sur la question mais de proposer un texte puisque l’on sait qu’il y est favorable. Le débat a déjà eu lieu maintes et maintes fois. Tous le monde connaît les arguments pour et contre. Si vraiment Nicolas Sarkozy pense que ce serait juste, de proposer le droit de vote pour les étrangers…pourquoi ne pas le faire. Relancer simplement le débat sans perspective rapide de conclusions et de décisions reviendrait à faire penser que le président instrumentalise, encore une fois, cette question pour de sombres et tordus calculs politiques, comme le faisait en son temps François Mitterrand pour titiller les électeurs du Front National et affaiblir l’UDF et Le RPR de l’époque. Résumons, le président y est favorable, l’opinion est sans doute prête, il y a une majorité au parlement pour ça… alors Chiche !**

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.