**Demain une bonne partie des dirigeants du PS se rendra à Jarnac pour s’incliner sur la tombe de François Mitterrand décédé, il y a 15 ans.Oui et la mémoire de François Mitterrand est quelque chose de délicat à manier pour les socialistes. Beaucoup d’entre eux s’appliquent la règle jospinienne du droit d’inventaire compte tenu de la part d’ombre qui jalonne la vie de l’ancien président. François Mitterrand reste néanmoins l’homme qui aura amené la gauche au pouvoir. Le simple fait d’avoir rendue l’alternance possible au sein de la Vème république aura permis d’apporter la maturité démocratique à ces institutions et aura rendu sa dignité à toute une partie de la population qui se demandait tout simplement si elle était vouée à l’opposition éternelle. Il y a le bilan politique : libéralisation des ondes, abolition de la peine de mort, progrès sociaux, politique ambitieuse en faveur de la culture, c’est aussi l’échec d’une politique économique souligné par le tournant de la rigueur dès 83 et un immobilisme institutionnel qui aura conforté l’aspect de monarchie élective que François Mitterrand critiquait pourtant depuis plus de vingt ans. Mais ce bilan a été maintes fois analysé. Les pratiques politiques, un art du secret, parfois de la dissimulation, une immense habileté, un sens de l’amitié parfois fascinatoire, voilà ce qui caractérisait la façon d’être de François Mitterrand en politique. La commémoration de cette année a un sens particulier...Oui, c’est le moment pour la gauche d’aller célébrer le dernier artisan de la victoire et de titiller ce souvenir. On sent bien qu’il y a une nostalgie, en ces années où la politique était incarnée par des personnalités d’exception. On l’a aussi vu avec le retour du culte du Général de Gaulle. François Mitterrand fait partie de cette catégorie d’homme d’Etat qui habitait parfaitement la fonction, avec une certaine majesté, une distance qui pouvait apparaître un peu désuète mais qui lui permettait, le cas échéant d’apaiser notre société qui avance par affrontements plus que par contrats. Retenons le langage, l’expression du Président. François Mitterrand était populaire sans avoir eu à appauvrir son langage ou simplifier sa syntaxe. On a l’impression que la part envahissante de la communication dans la pratique politique a asséché le discours, que les hommes politiques (Nicolas Sarkozy en tête) se sont abaissés, par manque de caractère au dictat du parler médiatique, du parler cash, d’un pseudo "parler peuple". Réécouter un discours, une interview de François Mitterrand c’est constater, par effet de contraste, l’appauvrissement de langage politique et donc de la nuance. Pourtant François Mitterrand fréquentait et utilisait beaucoup le monde de la communication mais il ne s’y soumettait pas. La politique, la stratégie, petite ou grande passait devant... La personnalité, la densité culturelle, une certaine façon d’incarner la fonction de chef de l’Etat, c’est ce qui semble manquer le plus aux mitterrandistes d’aujourd’hui. Le mitterrandisme n’est d’ailleurs pas une pensée politique particulière. On voit –politiquement- ce que peut être le gaullisme, le mendésisme. Qu’est-ce qu’être mitterrandiste si ce n’est se compter parmi les admirateurs de l’ancien président ? Il y a encore des mitterrandistes, il n’y a plus de mitterrandisme, seulement une nostalgie.**

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