une circulaire sur dieudonné aux maires et aux préfets
une circulaire sur dieudonné aux maires et aux préfets © reuters

Deux motifs peuvent être invoqués selon Manuel Valls. Le premier s’appuie (je cite) « sur le constat que l’autorité publique ne dispose d’aucun autre moyen que l’interdiction pour prévenir les troubles matériels qu’un tel spectacle est susceptible d’induire ». Le second motif, très rarement utilisé, tient au fait que le spectacle constitue en lui-même un trouble à l’ordre public, « dès lors qu’il porte atteinte, par sa teneur, à la__ dignité de la personne humaine ».

Le ministère de l’Intérieur pense détenir assez d’éléments pour prouver aux juges que tous les soirs, et malgré d’anciennes condamnations, Dieudonné réitère ses discours antisémites, hors-la-loi. Il n’est pas sûr que les arrêtés préfectoraux ou municipaux ne soient pas annulés par la justice. Manuel Valls prend donc un risque, juridique. Mais c’est aussi une décision politique, une affirmation qui veut balayer les pusillanimités des défenseurs du laisser dire de la dérive antisémite. Alors il y a l’argument selon lequel interdire les spectacles de Dieudonné c’est lui faire de la publicité idiote puisqu’il est, de toute façon sur Internet ! Mais cet argument est dépassé. C’est maintenant celui de la faiblesse.

Il faut que tout le monde sache exactement ce que dit et fait Dieudonné. Dieudonné a des dates de spectacles déjà fixées, dans toute la France. Peut-on le laisser dire, tous les soirs et partout, qu’il regrette que les chambres à gaz aient cessé de fonctionner ? Peut-on le laisser dire tous les soirs et partout, je cite le militant Dieudonné : « L’holocauste ça nous a coûté cher, on paye encore » ou « c’est quoi le projet nazi ? Fabriquer des savonnettes avec le gratin du showbiz français… c’est un très joli projet ». Il s’agit tout simplement de meetings antisémites.

Vous dites meetings politiques, pas spectacles ?

Convenons que bien des meetings politiques sont, en fait, des spectacles… Eh bien là c’est l’inverse ! On ne devrait même plus parler de spectacles, ni d’humoriste. Dieudonné est un militant qui a fait monter sur scène Robert Faurisson. Robert Faurisson est un professeur de lettres, négationniste, que Dieudonné avait rencontré, non pas sur un plateau d’émission de variétés ou à un festival de l’humour, mais qu’il a appelé, pour ses écrits, après sa participation à une conférence négationniste à Téhéran. Dieudonné n’est pas un Guy Bedos d’extrême droite… c’est un homme politique, qui s’est présenté à des élections, qui côtoie d’autres hommes politiques, de préférence dictateurs dans leur propre pays. Que se passerait-il pour un responsable politique qui dirait tous les soirs qu’il regrette la fin des chambres à gaz ? Son parti serait dissous par la justice. Il pourrait continuer à proférer ses horreurs sur Internet, il serait condamné. S’il décidait de ne pas payer ses amendes, ses biens seraient saisis. Un humoriste peut tout dire, lui.

Mais pour cela il faut que le second degré, la dérision soient évidente. Coluche et Desproges n’étaient ni racistes ni antisémites et c’est pour ça qu’ils étaient drôles. Dieudonné était un humoriste. Un humoriste de talent. Aujourd’hui c’est un homme politique antisémite actif affublé d’un nez rouge. Comme disait Desproges au Tribunal des flagrants délires (sur France Inter ) : « on peut rire de tout mais pas avec tout le monde »… On ne peut pas rire des juifs avec un antisémite. Dieudonné ne veut pas faire rire mais faire haïr. La société devrait avoir le droit de tenter de l’en empêcher.

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