Gilets Jaunes : on s’habitue.

Au fil des semaines, nous nous installons dans une routine destructrice pour notre vie démocratique et intégrons un étrange rapport de force qu’il convient quand même de questionner. Même plus forte que la semaine dernière, la mobilisation (50.000 gilets jaunes samedi) est en réalité très faible, par rapport à n’importe quelle mobilisation sociale. Très faible mais (et c’est sa force) ce mouvement inspire toujours sympathie ou soutien à une petite majorité de Français. Soutien, en outre, sans cesse réaffirmé par LFI et le RN, ce qui -mine de rien- valide le mouvement auprès d’une partie non négligeable de l’opinion. Le fait qu’il ne soit toujours pas ‘étiquetable’ droite/gauche permet encore à toutes sortes de populations d’y mettre ses propres colères, souvent contradictoires. Les plus pacifistes verront dans la fraternité des ronds-points un reflet de ce besoin d’humanisation des rapports sociaux. Les plus en colère,  angoissés-identitaires ou révoltés par les injustices sociales, voient leur rage enfin exprimée par cet exutoire hebdomadaire. Cette insurrection du samedi aux heures ouvrables devient un rendez-vous banalisé où le peuple intégré et à l’aise s’horrifie des symboles piétinés, de la violence libérée pendant que le peuple indigné se sent enfin exister. Le pire serait de s’enfermer dans cette routine corrosive avec une violence policière aussi en hausse. Comme nous avons les voitures brûlées des nuits de Saint-Sylvestre, nous aurions indéfiniment ces samedis défouloirs de 8 à 18h à Paris, Lyon, Bordeaux et quelques villes moyennes, par roulement. Sur le planning des policiers, pompiers et journalistes, il y a maintenant la permanence Gilets jaune du samedi...

Comment sortir de cette routine ?

En forçant les Gilets Jaunes à la cohérence. Et ça ne peut être que par l’injonction de leurs soutiens politiques. Pour l’instant ils s’en gardent de peur de devenir aussi une cible du mouvement, après l’Etat et les journalistes. On a l’impression que le mot d’ordre des GJ se réduit désormais à ‘on ne lâche rien’ et ‘on ira jusqu’au bout’. Mais au bout de quoi ? Le refus des porte-paroles autoproclamés de s’inscrire dans le grand débat, de saisir cette occasion pour bousculer le système de l’intérieur, y imposer leur thèmes, trahit, en réalité l’inconsistance politique du mouvement. Comme si rien d’autre qu’une réponse d’ordre institutionnelle, démission du président, dissolution, ne pouvait l’arrêter. Le fait que l’ensemble de l’opposition, même modérée,  ne réponde pas ‘chiche’ au débat, ne s’en saisisse pas pour enclencher (quelle que soit d’ailleurs la sincérité du président sur le sujet) une nécessaire transition vers une forme de démocratie participative à inventer, n’aide pas à forcer les Gilets Jaunes à enfin faire le travail sur eux-mêmes de base : trier, organiser, hiérarchiser leurs revendications et tout faire pour qu’elles soient débattues. Si l’opposition, dans son ensemble,  continue, à l’unisson avec les GJ, à ne pas accepter le grand débat, et si de son côté, le président ne trouve pas les mots et les gestes pour descendre de son Olympe, et continue d'ignorer les promoteurs habituels du dialogue comme la CFDT. Alors l’issue politique sera un irrépressible désir d’ordre et de solutions autoritaires. D’ailleurs, pas folle, Marine Le Pen s’est tue tout le week-end.

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