Thomas Legrand revient sur ce qui s'est passé mercredi 6 janvier à Washington, et qui fragilise l'image de la démocratie à travers le monde.

Des manifestants pro-Trump ont envahi le Capitole mercredi 6 janvier
Des manifestants pro-Trump ont envahi le Capitole mercredi 6 janvier © AFP / Mostafa Bassim / ANADOLU AGENCY

C’est très étonnant parce qu’au début de ce qui ressemblait à une jacquerie, toutes les démocraties à travers la planète se demandaient, avec une certaine angoisse, si on avait affaire, à Washington, à une tentative de coup d’Etat dans ce qui était, jusqu’ici, la plus stable, la plus solide et la plus puissante démocratie du monde. 

Et puis au fil des heures, chacun s’est aperçu que les institutions américaines n’étaient pas en danger, et que les groupes extrémistes qui avaient envahi le Capitole n’étaient ni coordonnés ni organisés, simplement une horde hétéroclite chauffée à blanc par un président ivre de son égo et de ses mensonges. 

Le pathétique et le ridicule –si ce n’est la mort d’une femme- de la situation et de ces citoyens qui faisaient des selfies sur les marches du Capitole, est apparue aux yeux de tous. Mais que la cérémonie de certification des résultats de l’élection, séance très formelle, censée marquer la civilité démocratique, l’acceptation, par le parti battu du résultat, ait été interrompue par les partisans les plus radicaux ou les plus crédules, du président est quand même un coup symbolique fort et grave porté contre la démocratie en général.  

Finalement il y a eu peu de violences à l’extérieur du Capitole. 

Oui, le calme des forces de l’ordre, même cette sorte d’acceptation temporaire d’un chaos finalement limité (plus flash mob qu’insurrectionnel) plutôt que de risquer une explosion de violences, paradoxalement, soulignait un certain sang-froid de la démocratie américaine devant ce pitoyable carnaval de citoyens drogués à l’infox. 

Parce voilà bien le plus inquiétant : hier nous avons vu, concrètement, un échantillon du résultat d’années de théories de la conspiration. Il ne s’agit donc plus, dans la démocratie américaine, pour l’instant, de débat d’opinion mais une confrontation de réalité, de vérités… c’était une journée presqu’emblématique de la maladie des démocraties représentatives ou libérales à travers le monde. 

Les démocraties (et la France subit aussi –en partie- ce phénomène) ne se fissurent plus sur des visions de l’avenir ou du monde mais sur la représentation de réalités différentes. Phénomène qui avait permis l’élection de Donald Trump et –dans cette dernière ligne droite- son enfermement dans un mensonge, un monde factuel parallèle. 

La puissance du mensonge, des théories du complot, aux Etats-Unis n’a plus comme conséquence de maintenir une partie de la population à la marge, en position de victime, Donald Trump leur a donné des raisons et des mots pour réclamer que leur vérité s’impose. 

Hannah Arendt le disait "La liberté d’opinion est une farce si ce sont les faits eux-mêmes qui sont l’objet de débat". La notion de majorité ou de minorité (donc de démocratie) n’a plus de sens quand ce qui se débat ne sont plus les idées mais les faits. Ce poison menace toutes les démocraties représentatives et parlementaires. La pitoyable journée d’hier nous le rappelle tout simplement…  

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