Le remaniement ministériel n'est pas terminé, l'Elysée a fait savoir que le Président allait procéder à de nouvelles nominations au gouvernement. Et à entendre l'Elysée promettre encore, quelques secrétaires d'Etat, on aurait tendance à se demander « mais qu'est-ce qu'il nous réserve encore ? », « va-t-il poursuivre l'ouverture ? » Des questions qui, si l'on prend deux secondes pour y réfléchir, n'ont aucun intérêt. La seule question qui devrait attiser notre curiosité est la suivante : ce gouvernement est-il composé de personnalités compétentes ? Et si l'on ne se pose pas cette question, c'est sans doute que les ministres ne servent plus à grand-chose. Ce que l'on savait déjà. Il y a une autre raison : nous nous sommes habitués à une certaine peopolisation de la vie politique. Du coup, un gouvernement c'est d'abord un casting. Sa principale fonction c'est d'être nommé. L'effet d'annonce en guise d'action politique. Le jour utile d'un ministre est le jour de sa nomination. On ne nomme pas Frédéric Mitterrand parce qu'il a une idée précise sur la loi Hadopi par exemple. Frédéric Mitterrand s'appelle Mitterrand, voilà le bon coup. Point. Voilà pourquoi le président procède à un remaniement perlé, en quelques sortes. Afin de multiplier les petits coups politiques. Le prochain coup, ce sera sans doute un syndicaliste nommé ministre. C'est du moins ce qui se dit ! C'est dérisoire mais ça peut rapporter quelques points de popularité. Et ça permet aussi de faire exister politiquement quelques personnalités. On est, encore une fois, loin de la notion d'équipe resserrée. Souvenez-vous, ça commence à faire loin mais c'était l'autre gouvernance promise. En fait, de gouvernement resserré, on va dépasser les 40 membres. Ça fait quand même une vitrine bien garnie. Alors, outre l'affichage de personnalités emblématiques, il y a le « casage » politique. Ainsi Patrick Devedjian avait été nommé ministre chargé de la relance. Un ministère dit de coordination ! Un rôle normalement dévolu au premier ministre. C'est bien sûr un poste prétexte, un garage à râleur de la majorité. Autre râleur de l'UMP à calmer : Pierre Lelouch, bombardé au secrétariat d'Etat aux affaires Européennes. Qu'il soit favorable à l'entrée de la Turquie dans l'Europe alors que le président vient juste de faire campagne sur la position exactement inverse : quelle importance ? Là, on nous dit qu'il faut absolument trouver un point de chute à Frédéric Lefèvre qui n'est plus député. Il sera donc ministre. Notez bien la logique. Personne ne dit : les qualités politiques et techniques de Frédéric Lefèvre sont indispensables à la bonne marche du gouvernement de la France. Il sera ministre parce qu'il a besoin d'être ministre. C'est dans ce sens là que ça se passe. Il en va de même pour Christian Estrosi, finalement casé à l'industrie. Souvenez-vous, « les ministres seront enfin responsables et évalués selon leurs performances » nous disait-on ! Qui connaît les fameuses notes commandées à grand frais à un cabinet privé ? En réalité, un mauvais ministre remercié retrouve désormais sa place au parlement, sans passer par la case élection. Conception assez tordue du mérite. Alors ça donne des ministres sans administration, des secrétaires d'état sans budget. Là où il y avait un ministre de la jeunesse et des sports, on ajoute un secrétaire d'état aux seuls sports. Pour un gouvernement qui chasse les doublons dans l'administration, c'est osé ! Alain Juppé et Michel Rocard ont été nommés pour réfléchir au futur emprunt. Ce sont deux hommes de grandes valeurs, ils auront certainement de bonnes idées. Tiens, comme celles de Jacques Attali ! On en n'entend plus parler. En fait, le but c'est de nommer. La nomination comme acte politique ! On ne peut pas nommer des ministres toutes les semaines, alors il y a des commissaires, les hauts commissaires (Yazid Sabeg et Richard Décoing) et maintenant, les grands sages. Juppé et Rocard. Nicolas Sarkozy, finalement c'est un peu... Nominator Ier.

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