Par Carine Bécard.

Le couple franco-allemand va-t-il aussi mal qu'on le dit ? Hier soir, François Hollande a reçu à l'Elysée la Chancelière allemande. Angela Merkel qui, depuis le début de la crise grecque, donne l'impression, cette fois encore, de tout piloter...

C'est vrai... la même observation avait été faite lors de la crise ukrainienne, qui avait également beaucoup occupé l'Union européenne. En réalité, à chaque fois - sur chaque dossier - l'Allemagne semble être aux avant-postes... Et pourtant hier soir, c'est bien Angela Merkel qui a fait le déplacement jusqu'à Paris. Manière pour la Chancelière allemande, de tendre la main au président français, d'accepter d'effacer leurs divergences de vue, bref, de faire attention - en pleine crise grecque - à rééquilibrer le couple franco-allemand.

Seulement "l'équilibre" entre l'Allemagne et la France est aujourd'hui quasiment impossible... D'abord - et on le sait bien ! - pour des raisons économiques. L'industrie allemande est puissante. Son excédent commercial impressionnant - et j'arrête là !! Alors que les réformes en France peinent à être engagées et qu'on peut imaginer le malaise de François Hollande de s'afficher à la tête d'un des pays les plus mauvais élèves de la zone euro. Ensuite, il y a des raisons politiques au déséquilibre : Paris est incapable de parler d'une seule voix et donc d'une voix forte, puisque les députés de la majorité, l'opposition, les extrêmes... chacun a sa vision, ses solutions... et chacun les exprime de son côté... A Berlin en revanche, Angela Merkel est à la tête d'une "grande coalition"... Ce sont plusieurs partis - qui ont âprement négocié - mais qui ont accepté de gouverner ensemble. Et il est - pour ainsi dire - formellement interdit ensuite de tenir un autre discours que celui qui a été préalablement discuté et acté. Autrement dit, l'Allemagne s'avère organisée, structurée et elle affiche des points forts qui nous manquent cruellement...

Ce qui explique sa position "dominante" au sein du couple franco-allemand ?

Oui, mais c'est une domination qui n'est pas "recherchée" par l'Allemagne... C'est même plutôt l'inverse... Les Allemands n'ont pas envie de "dominer"... Pourquoi ? Pour des raisons essentiellement historiques. Ils restent complexés par leur passé, leur passé lié à la seconde Guerre mondiale. Donc Angela Merkel ne veut pas, ne peut pas diriger toute l'Europe. Elle doit absolument pouvoir compter sur un - vrai - partenaire français. Partager le leadership, et partager les décisions. D'autant que dans le cas de la crise grecque, les choix à opérer sont extrêmement délicats. La chancelière allemande n'a pas du tout envie de porter - seule - toute la responsabilité.

Il y a donc un espace pour la France, le même espace qu'avait décidé d'occuper François Mitterrand aux côtés d'Helmut Kohl, ou Jacques Chirac avec Gherhard Schröder... Tous les couples franco-allemands se sont apprivoisés... Même Angela Merkel avec Nicolas Sarkozy... La vraie difficulté avec François Hollande, c'est son tempérament "conciliateur", son "sens de la synthèse", qui caractérise si bien cet animal politique... mais qui se trouve aux antipodes du sens de l'efficacité allemande...

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