Donc, ce gouvernement ?

L'avocat Éric Dupond-Moretti a été nommé hier ministre de la Justice. Il remplace Nicole Belloubet.
L'avocat Éric Dupond-Moretti a été nommé hier ministre de la Justice. Il remplace Nicole Belloubet. © AFP / Joël Saget

Et bien il y a bien le fameux effet 'Wahou',  Éric Dupont-Morreti…  qui masque l’effet 'Bof'… provoqué par le reste d’un gouvernement dont les équilibres et la surface politique n’ont pas changé…. Avec de puissants ministres issus de la droite et de silencieux ministres issus de la gauche. 

Et cette question : était-ce vraiment Edouard Philippe le problème dans l’équipe d’avant ? 

La réinvention promise n’est pas là, l’écologie qui devait être au cœur de l’étape ultime du quinquennat n’est pas puissamment incarnée. Barbara Pompili aura fort à faire pour que les propositions de la convention citoyenne survivent… A part en matière économique et sociale, à part aussi, peut-être ce référendum pour introduire l’impératif écologique dans la constitution, aucune réforme d’envergure ne peut être lancée pour les 18 mois utiles qui nous séparent de la présidentielle… C’est sans doute pour cela que le président s’est permis un effet de surprise en nommant, à la justice, Eric Dupont-Moretti…

Quel est le message envoyé avec cette nomination ?

Il faut attendre les premières déclarations du ministre mais lui qui pestait contre les liens de subordination entre le pouvoir politique et le parquet est devenu… le pouvoir politique. Emmanuel Macron semble vouloir dire :’ Comment peut-on affirmer, désormais, que les politiques manipulent les juges puisque c’est Eric Dupont-Moretti, lui-même, le plus grand pourfendeur de cette manipulation, qui est le politique ! C’est assez malin ! 

Mais ça risque de n’être qu’un ministère de la parole parce qu’il n’aura pas le temps ni la capacité politique de réformer dans le sens de ses indignations passées : l’indépendance du parquet, la suppression de l’école de la magistrature… il ne pourra pas supprimer les lois anti-terroristes ni revenir sur l’intégration d’une partie de l’état d’urgence dans le droit commun qui l’indignait … que va dire le ministre sur tous ces sujets ? 

L’homme des coups d’éclat médiatique, des incidents de prétoire, celui qui déteste les juges qui le lui rendent bien… va-t-il se transformer, revêtir les habits respectables du garde des sceaux… Son rôle sera de tenir une administration en souffrance, plus que de tenir une tribune en haleine, de réunir plus de pourfendre. Aura-t-il la volonté, la capacité et surtout la crédibilité pour opérer cette mue. 

Les magistrats, depuis hier, oscillent entre inquiétude, sidération et écœurement… bref, cette nomination bouleverse l’institution… Et c’est sans doute ce que voulait le président. 

Mais à quoi bon la bouleverser si ce n’est pas pour la réformer ? Voilà pourquoi les juges vivent cette nomination comme une agression. A moins que ce soit pour le côté anti moderne, vous savez, le ‘on ne peut plus rien dire, on ne peut plus bouffer de la viande ni siffler les filles’ qu’Emmanuel Macron a choisi Eric Dupond-Moretti. A l’évidence Dupond-Moretti est plus là pour plaider que pour réformer. A l’approche de la présidentielle, ce moment où les Français sont juges, Emmanuel Macron s’est peut-être tout simplement choisi l’un des meilleurs avocats.

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