Hier, c’était le 6 juin, François Hollande commémorait le débarquement en Normandie…

Oui, c’était l’occasion d’essayer d’en savoir plus sur ce que sera la politique mémorielle de François Hollande…. Il n’est pas dans la tradition que le président en exercice aille tous les 6 juin en Normandie. Il s’y rend, généralement pour les anniversaires à compte rond, et il y a un message spécifique annoncé bien à l’avance : l’Europe, la jeunesse, l’amitié transatlantique, la réconciliation. Cette fois-ci, rien de tout ça ou alors tout ça à la fois… c’était visiblement surtout l’occasion d’assister à des cérémonies qui imposent une certaine gravité très « présidentialisatrice » (ne cherchez pas ! ce mot n’existe pas…). Les premiers pas du président Hollande ne nous disent pas quelle sera sa politique mémorielle. L’aspect symbolique de la mémoire, la façon de commémorer les moments tragiques ou glorieux de notre Histoire est une des attributions essentielles du président de la République. Elle indique la vision de notre pays, de notre identité qu’il voudrait insuffler. Ça peut jouer, de façon imperceptible et marginale sur l’état d’esprit du pays. Les présidents y attachent beaucoup d’importance et ils ont raison. Ainsi Jacques Chirac, le premier, avait reconnu la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs pendant la guerre. Ce fut le discours du Vel d’Hiv’ en juillet 1995. Il avait ensuite été à l’origine de ce que les historiens avaient appelé une « inflation commémorative ». Chaque grande cause avait sa date (l’esclavage, les Justes, les guerres coloniales).

Une inflation qui correspondait à de vraies demandes !

Oui mais qui brouillaient la mémoire et qui avaient un aspect clientéliste évident. Nicolas Sarkozy avait dénoncé cette multiplication de reconnaissances pas toujours glorieuses pour la France. Il refusait cette politique dite de « repentance ». A la fin de son mandat il avait fait voter une loi instaurant le 11 novembre comme la date pour tous les « morts pour la France ». Ce jour-là, on devrait célébrer les poilus de 14 de la même façon que les soldats morts en Afghanistan. François Hollande avait dénoncé cette confusion qui enlevait la spécificité de la guerre de 14, guerre de conscrits, boucherie, qu’on ne peut pas mettre sur le même plan symbolique que des opérations extérieures menées par des militaires professionnels. On ne sait pas encore si François Hollande voudra donner des significations politiques à ces commémorations en général. Va-t-il commémorer la répression du 17 octobre 61, comme il le fit pendant sa campagne ? Qui fera-t-il entrer au Panthéon ? François Hollande n’en est qu’à ses débuts mais tant qu’on n’aura pas une vision claire de sa politique mémorielle, le risque c’est que celle-ci apparaisse surtout au service de la fabrication de son image, comme ce fut le cas lors des cérémonies d’hier en Normandie. Ce matin on retient surtout qu’il y a été en voiture et qu’il n’a pas fait fermer le mémorial de Caen au public pendant sa visite !

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