Vous revenez ce matin sur la mort de Clément Méric. Ce qui a été dit ces dernières 24 heures sur ce sujet, vous inspire deux réflexions...

Oui deux réactions même : d’abord, non l’extrême gauche et l’extrême droite, ce n’est pas équivalent. Même leurs violences (quand elles sont estudiantines du moins) ne sont pas à mettre sur le même plan ! Et puis, non, ce n’est pas Frigide Barjot et les opposants au mariage pour tous qui ont préparé le terrain à ce fait divers tragique. La proposition de Jean-François Copé, qui veut que Manuel Valls procède à la dissolution des deux groupes en cause dans la bagarre, établit une forme de symétrie dans la violence et les buts politiques. C’est la formule bien connue « les extrêmes se rejoignent », formule pas toujours fausse quand il s’agit des extrêmes au pouvoir, mais jamais vraie quand il s’agit des projets de société. La violence politique est bien évidemment toujours condamnable dans une démocratie mais s’il est arrivé à l’extrême gauche d’être violente, et même meurtrière dans ses moments de perdition, du temps d’Action directe par exemple, cette violence s’exerce contre des symboles ou des personnalités représentant un ordre, le pouvoir politique ou économique. En revanche, la violence d’extrême droite s’attaque à des groupes humains et à ceux qui défendent leurs droits : les étrangers, les noirs, les juifs, les arabes, les homosexuels, des êtres humains pour ce qu’ils sont. Il suffit d’ailleurs de se plonger cinq minutes dans la littérature des amis anarchistes et antifascistes de Clément Méric et dans celles des skinheads de JNR ou de Troisième voie pour comprendre que (en dehors de leur passion commune pour les polos Fred Perry ou Ben Sherman) aucun amalgame n’est possible. En gros, je serais agacé mais plutôt fier que mon fils ressemble à ce que je sais de Clément Méric et catastrophé qu’il appartienne au groupe de celui qui l’a tué.

Ce fait divers est-il le signe d’une recrudescence de la violence politique ?

Rien ne permet de l’affirmer. Les bagarres entre extrême droite et extrême gauche sont légion dans la jeunesse française. Dans les années 70 et 80 les extrêmes étaient d’ailleurs beaucoup plus violents qu’aujourd’hui. Et même en leur sein… les bagarres pour le contrôle de l’UNEF entre les différentes mouvances des gauches communistes, trotskistes font partie de la mythologie estudiantine racontée par ceux qui sont devenus 30 ou 40 ans après, des socialistes bons teints. D’autres, anciens gudards, sont maintenant – c’est plus rare quand même- des notables libéraux propres sur eux. Le pavé parisien a toujours vu s’affronter des casseurs de fachos et des briseurs de gauchos. C’est presque « un rite » de passage pour des générations d’étudiants qui s’intéressent à la politique. L’idée développée par Pierre Bergé selon laquelle les manifestations contre le mariage homosexuel auraient décomplexé les extrémistes est une idée abusive. Il est vrai que ces manifestations conservatrices ont offert une visibilité et des terrains de jeux pour tous les groupuscules nazillons, royalistes, pétainistes, néo-fascistes qui croupissent d’habitude dans leurs locaux à défaire le monde plutôt qu’à le refaire. Mais rien ne dit que cette vitrine a accru leur influence ou leur hargne. Cette bagarre aurait très bien pu avoir lieue, avec les mêmes conséquences s’il n’y avait pas eu le mouvement anti mariage gay. Bref, si l’on ne peut pas renvoyer dos à dos extrême droite et extrême gauche, on peut, en revanche, renvoyer dos à dos Jean-François Copé et Pierre Bergé.

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