Ce matin, retour surle soutien de François Baroin à Nicolas Sarkozy pour la primaire.

Ce soutien, dit-on, est censé apporter une touche de jeunesse à l’ex-président-futur-candidat. Déjà, quand le soutien d’un sénateur-maire de 51 ans, ancien ministre de l’Economie, est considéré comme un facteur de renouvellement, ça montre l’état de l’entre-soi auto-reproducteur de la politique française. De plus, ce qui est frappant, c’est que le maire de Troyes ne soutient pas – à l’évidence - Nicolas Sarkozy pour ses idées mais pour peser sur le destin des candidats. D’ailleurs, il l’assume parfaitement : « Alain Juppé n’a pas confiance en moi et je n’ai pas confiance en lui » dit-il ! François Baroin, qui en tant que patron de l’Association des Maires de France représente la proximité et le contact avec la population, agit là, de façon assez surprenante, avec des réflexes claniques. Tout ce qui fait que la politique est si décriée.

Nicolas Sarkozy et François Baroin n’ont, à l’évidence, pas les mêmes vues sur bien des sujets.

Des conceptions même opposées sur ce que Nicolas Sarkozy considère devoir être le cœur de la campagne : l’identité. François Baroin, très républicain-laïc, tire ses convictions de l’humanisme franc-maçon, méfiant des religions. Nicolas Sarkozy, au contraire, a une conception de l’identité française basée sur l’idée républicaine enracinée dans les valeurs chrétiennes de la France qu’il aime désormais mettre en avant. Quand Baroin félicite Anne Hidalgo pour sa volonté d’ouvrir un camp pour migrants à Paris, les sarkozystes pur jus parlent « d’initiative irresponsable ». Alors Baroin, à qui, dit-on, Sarkozy a promis Matignon, joue peut-être la complémentarité tactique avec le candidat qu’il soutient. Il apporterait de la modération à celui qui semble le plus radical (du moins sur les questions identitaires). Et c’est un biais de cette primaire : les candidats, tous issus de la famille gaulliste, et qui donc n’ont aucune culture de courants ou de tendances, n’assument pas de représenter une ligne claire et définie. Ils tentent, chacun, d’embrasser le plus large spectre idéologique de leur camp, même avant le premier tour de la primaire.

Ce qui risque d’aboutir à une confrontation de personne plus que d’idées.

Bruno Lemaire, c’est le renouveau, Alain Juppé, c’est la pondération, Nicolas Sarkozy, c’est l’énergie. Le trait de caractère est plus valorisé que les propositions. De quoi infantiliser le débat. Quand on demande à François Baroin ce qu’il préfère chez Nicolas Sarkozy, ne pouvant décemment pas répondre ses idées, il répond « son énergie ». C’est généralement ce que l’on dit à un artiste, pour esquiver, à la fin d’un spectacle que l’on n’a pas aimé : « quelle énergie » ! Mais en 2017, il ne s’agit pas d’élire une centrale nucléaire ! Certes, la façon de faire de la politique importe beaucoup, la gouvernance est un sujet central… Mais en l’occurrence, ces thèmes sont trop souvent utilisés pour masquer des raisons plus politiciennes et personnelles afin de justifier des ralliements d’écuries. Et ça se voit ! Et contrevient largement à la puissante aspiration pour une façon plus adulte et sincère de faire de la politique.

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