Les projets de réforme du code du travail sont maintenant connus. C’est le dossier central de cette élection législative !

En réalité c’est le seul, hormis le consensuel dossier de la moralisation de la vie publique, le seul sujet de fond, d’ordre programmatique, qui émerge mais il est très compliqué… il n’est nécessairement pas précis puisqu’il est soumis à négociation. L’ensemble du corps électoral ne va pas, ne peut pas appréhender toutes les subtilités de ces réformes à la fois techniques et symboliques, d’autant que de forts soupçons pèsent sur d’éventuelles mesures cachées par le gouvernement et qui pourraient émerger après les législatives. C’est donc plus la philosophie générale du travail et de la solidarité que l’on veut pour demain qui est en jeu. La droite est absente de ce débat puisqu’elle voit plutôt d’un bon œil les évolutions proposées par le président et l’un des siens Edouard Philippe. LR ne peut cependant pas approuver explicitement… D’accord pour une opposition constructive après les élections mais pendant la campagne c’est impraticable ! Le PS ne peut pas non plus participer à ce débat de façon convaincante puisqu’il avait initié le mouvement avec la loi El Kohmri ! Mais sans en avoir parlé avant les élections ! Il reste le FN et surtout LFI qui est (cette dernière) la plus indiquée pour se présenter en opposition évidente au macronisme. La gauche de la gauche s’est opposée, depuis le début, à la loi Travail. Cette opposition est même la matrice de la séparation, de «l’irréconciabilité» théorisée par Manuel Valls, entre les 2 gauches. Mais cette opposition farouche de LFI est sans doute la meilleure chance de cette loi.

Pourquoi donc ?

Et bien parce que si EM obtient une majorité, le gouvernement pourra s’estimer tout à fait légitime à trancher. Normalement les opposants à la loi Travail devraient expliquer que le vote de dimanche ne peut que ratifier l’engagement du gouvernement à négocier les réformes avec les partenaires sociaux puisque l’usage, c’est que les réformes sociales soient, si possible, co-élaborées par les syndicats et le patronat. Mais les responsables de LFI préfèrent tenter d’engranger des suffrages en faisant des législatives un vote pour ou contre la loi. Ainsi, Eric Coquerel, fidèle de JL.Mélenchon, pose, sur tweeter, cette alternative définitive : « le choix est simple, dit-il, si vous voulez cette loi votez En Marche, si vous la refusez, voter pour La France Insoumise » et sachant que 50% des Français (selon notre sondage IPSOS-STERIA) sont contre la philosophie de la loi travail, LFI peut espérer capitaliser sur ce refus. Seulement après, si EM est majoritaire, tout appel à manifester, tout mouvement social contre ce projet, sera considérablement affaibli. Déjà ce projet est connu bien tard pour véritablement faire débat mais surtout est-il sincèrement présenté ? Les plans masqués, les mesures non dites, plus libérales et que la presse dévoile (Libération ce matin) apparaitront-ils après les élections ? Sont-ils des pistes abandonnées ? Bien préciser les lignes rouges, les contours acceptables de la loi, avant les élections, c’est ce que l’on attend d’une probable future majorité qui prétend rénover la politique : pas seulement les visages mais aussi les usages.

Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.