Suite de votre quête de la définition du macronisme... Ce matin « l’épanouissement et l’émancipation»

Oui... les macronistes n’ont pas eu le temps de développer de pensée structurée avant d’accéder au pouvoir, de façon impromptue, par dégagisme, pour secouer une société bloquée et surtout pour faire barrage à l’extrême droite... Ils disent souvent : «la bonne solution n’est ni de droite ni de gauche mais c’est la solution qui marche»... L’argument du pragmatisme, le « bon sens » qui en réalité ne dit rien du but recherché pour la société...! Le macronisme se construit en gouvernant, par nécessité, à l’inverse de tout autre mouvement politique qui se construit pour gouverner... 

Alors pourquoi y revenir aujourd’hui ? Parce que depuis quelques temps, quand on demande aux macronistes de qualifier le but, le cap, le monde dont ils rêvent... après quelques mois de tâtonnements conceptuels, deux mots reviennent  invariablement : 

L’épanouissement personnel... et l ‘émancipation...

Rassurez-vous, le macronisme n’est pas une variante du bouddhisme pour autant. Ils ont certainement vu que les traités de développement personnel faisaient des cartons en librairie... “Sois comme la fleur, épanouis-toi librement et laisse les abeilles dévaliser ton coeur !” dit RamaKrishna. «Qu'est-ce que l'idéal ? C'est l'épanouissement de l'âme humaine. Qu'est-ce que l'âme humaine ? C'est la plus haute fleur de la nature.» Ca c’est du Jaurès, véridique ! Plus sérieusement, les notions d’épanouissement et d’émancipation, on les trouve en politique aux Etats-Unis avec cette idée «d’empowerment» ou chez l’économiste indien Amartya Sen : ouvrir le champ des possibles de chaque individu  pour réduire les inégalités plutôt que redistribuer à tout va. L’épanouissement et l’émancipation, c’est, dans l’esprit macronien, une façon de dire que chacun doit pouvoir réaliser sa vie, ne plus être assigné à résidence, territoriale ou sociale. C’est une société de mobilité et de droits réels et personnels plus que de droits collectifs, formels, statutaires. Ça passe bien sûr par l’éducation, la formation pour tous... l’égalité des chances plus l’accès au possible ! Plus que l’égalité tout court. Voilà le discours du moment. Discours déjà un peu développé dans le livre Révolution d’Emmanuel Macron. Seulement, pour l’instant, dans les faits, on ne voit pas quelles sont les réformes qui illustrent cette capacité à désenclaver les individus. Le non-plan banlieue, les menaces sur les aides sociales, la philosophie pour l’instant juste libérale («flexi» et pas encore «sécurité») ne dessine pas clairement une société de l’émancipation individuelle. Et puis, épanouissement, émancipation, ce sont des projets individuels, pas collectifs. Une somme d’individus épanouis, émancipés, ne dit pas, en elle-même, quelle société, quelles solidarités on construit ! C’est le syndrome IKEA... Comme si le macronisme était encore un peu en kit... nous découvrons les éléments du tout.... mais nous n’avons pas encore trouvé le mode d’emploi en français. En l’état des choses... L’idée de l’épanouissement, de l’émancipation, sans plus de précision quant à la visée collective, fait penser à cette phrase de Benjamin Constant, dans De la liberté des Anciens comparée à celle des modernes. Je cite "Que l'autorité se borne à être juste, nous nous chargerons d'être heureux".

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