Et si nous soulignions un mauvais parallèle ? Entre, d’un côté, les anciens trotskistes qui sont passés au PS dans les années 80 et, de l’autre, les personnages qui apparaissent au grand jour à la faveur de la campagne régionale du RN. Quid du cas de Philippe Vardon, directeur de la campagne de Thierry Mariani.

Tous les extrêmes ne se valent pas. Tous les entrismes non plus...  Philippe Vardon ici en juin 2020
Tous les extrêmes ne se valent pas. Tous les entrismes non plus... Philippe Vardon ici en juin 2020 © Maxppp / NICE MATIN / Eric Ottino

Il y a en ce moment une petite musique qui établit un parallèle entre, d’un côté, les anciens trotskistes qui (par entrisme ou évolution personnelle) sont passés au PS dans les années 80 et ont participé au pouvoir sans que personne, ou presque, leur cherche noise et, de l’autre côté, les personnages qui apparaissent au grand jour à la faveur de la campagne régionale du RN, au passé récent de nervis violents, parfois néo-nazis ou néo-fascistes. 

C’est le cas de Philippe Vardon, directeur de la campagne en PACA de Thierry Mariani, en position éligible dans les Alpes-Maritimes. Philippe Vardon animait, dans sa jeunesse (pas si lointaine, les années 2000), des mouvements pro-européens régionalistes d’extrême-droite, ce qui veut dire racialistes… Il admirait Léon Degrelle, le nazi belge. Aujourd’hui, Thierry Mariani est ravi, dit-il, d’avoir à ses côtés son nouvel ami qui aurait changé. Eh oui, il a commencé sa carrière politique avec passion? Ne serait-ce pas une preuve de caractère ? 

Et de faire le parallèle (nous y voilà) avec ces trotskistes qui ont fini par emprunter le chemin de la raison en grandissant. C’est la sève bouillonnante d’une jeunesse turbulente car vivante ! Qui n’est pas révolté à 20 ans... Vous connaissez ce discours pas forcément faux.  

Pourquoi ça ne marcherait pas pour Philippe Vardon ? 

D’abord, parce qu’il ne rejoint pas un parti modéré mais le RN ! Celui qui veut donner le brevet de pondération et de respectabilité à son directeur de campagne, Thierry Mariani, est un admirateur affirmé de Vladimir Poutine et même de Bachar El Assad à qui il a rendu visite plusieurs fois, et vanté la gestion de la crise syrienne… El Assad, dictateur tortionnaire, dont la politique consiste d’abord à combattre une partie de son propre peuple, est à l’origine de vagues migratoires, que par ailleurs le RN dénonce ! 

Mais surtout que dire de cette façon de mêler les extrémismes par le poncif selon lequel ils se vaudraient tous ? Peut-on comparer le trotskysme, ou le gauchisme de la génération des enfants nés sur les décombres fumants du nazisme, qui avaient 20 ans dans les années 60, 70 ou 80, qui étaient avant tout des utopistes… 

Peut-on les comparer aux racistes d’aujourd’hui ? 

Nombre de gauchistes d’avant, justement, s’opposaient au PCF à cause de Staline. Mais c’est vrai, souvent, ils ont manqué de lucidité, ont été idiots, abrutis de sectarisme à propos du maoïsme… niant (même assumant) le potentiel totalitaire de leurs idées ! Ils avaient tort d’avoir raison avec Sartre... qui avait tort ! 

Mais leurs excès, leurs errances intellectuelles ne visaient pas à exclure une partie de la population et avaient pour base de bonnes intentions : l’amitié entre les peuples, l’antiracisme, l’humanisme, l’égalité ! Y a-t-il équidistance de l’acceptable entre un raciste et un antiraciste ? Comment peut-on renvoyer antifascisme (même dévoyé) et fascisme dos à dos ? C’est ce que fait l’extrême-droite aujourd’hui dans une opération d’auto-blanchiment, qui de façon assez surprenante, rencontre un certain écho. 

Voilà bien une manifestation du relativisme, que par ailleurs (et pour d‘autres raisons), le nouveau conservatisme, la nouvelle réaction à la mode, se plait à dénoncer

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