Nicolas Sarkozy sera donc le 6ème président de la Vème République. Il a été élu hier avec 53,06% des voix. Et rien ne sera jamais plus comme avant dans le paysage politique français. Hier, la droite a changé de visage, la gauche elle aussi devra très vite faire sa mue. La droite française a changé d'homme d'abord. 40 ans qu'elle était dominée par la figure tutélaire de Jacques Chirac, elle tourne une page, et ce n'est pas vraiment un héritier au sens filial du terme qui va assurer la succession. Elle change de génération, c'est un truisme. A 52 ans, Nicolas Sarkozy offre un président "jeune" à la France. L'image hier soir, sur l'estrade de la place de la Concorde du nouveau président élu en compagnie de la première dame de France en jean et pull over, contrastaient singulièrement avec la même photo, il y 5 ans, place de la République, avec Jacques et Bernadette Chirac. Hier, la droite française s'est aussi réconciliée avec elle même. Finies les luttes fratricides entre libéraux et bonapartistes, et ses avatars modernes balladuriens et chiraquiens. Nicolas Sarkozy a su rassembler ces familles là pourtant aussi intimement fâchées que pouvaient l'être les O'Timmins et les O Hara dans Lucky Luke. La droite française est devenue moderne. Nicolas Sarkozy a fait le pari depuis 2002 que c'est en engageant la bataille des idées qu'il pourrait arriver à l'Elysée. Mois après mois, il a revisité le corpus idéologique de sa famille, éliminant certains tabous, bousculant certains dogmes. Très influencé par les études d'opinion qui lui révélaient que les Français aspiraient à l'ordre, au retour de l'autorité, il est allé loin sur l'immigration, la sécurité, l'identité nationale ou la revalorisation du travail. Il a sans doute largement "droitisé" son discours, sinon il n'aurait pas séduit à ce point les électeurs acquis au FN. Il a avancé un projet économique ouvertement libéral, mais il a su ne pas s'enfermer dans du 100% droitier. Henri Guaino, sa plume de campagne, illustre parfaitement ce nouveau prisme intellectuel de la droite. Homme neuf, homme jeune, homme fort, quelle légitimité en effet que celle d'être élu avec 53% des voix et plus de 85% de participation ! Homme providentiel de la droite française qui a su enfin, mettre un terme à 25 ans de zapping électoral, Nicolas Sarkozy a-t-il pour autant devant lui un chemin bordé de roses ? Non, car il lui reste à accomplir une dernière mue. Toute personnelle cette fois. Nicolas Sarkozy a gagné le pari de la rupture, il lui reste à gagner celui de sa propre présidentialisation. Le "Tout Sauf Sarko" a échoué. Mais les interrogations sur sa personnalité et ses choix trop clivants demeurent vives. Les incidents qui ont eu lieu hier à Paris et en province à l'annonce de son élection sont rares en de telles occasions, rares et donc inquiétants. Nicolas Sarkozy va devoir prouver que désormais président, il peut rassembler au-delà de son propre camp, tout majoritaire qu'il soit. Il devra sans doute changer de vocabulaire, de comportements, sinon d'options politiques puisque celles ci ont été plébiscitées en quelque sorte par le vote d'hier. L'homme de conquête doit se transformer en président, la denrière, pas forcément la plus facile pour Nicolas Sarkozy.

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