La gestion du risque de pandémie de la grippe A par le gouvernement. On voit fleurir ici ou là, dans certains éditos, dans des blogs, cette critique à propos de l'utilisation spectaculaire d'une peur irrationnelle de la part des autorités qui auraient surjoué l'Etat protecteur. Les ministres concernés, c'est-à-dire celui de la santé et celui de l'intérieur, se sont exprimés quotidiennement en tentant d'équilibrer leur déclaration entre appel à la vigilance et information du public. Alors, qu'on puisse déceler dans le ton de ces deux ministres cette jouissance de l'exercice de l'autorité rassurante, que l'on puisse percevoir l'opportunité bien comprise de se mettre en avant, c'est possible et c'est dérisoire. L'essentiel n'est pas là. La crise était et reste potentiellement sérieuse. Le risque de pandémie était et reste potentiellement réel. Le virus évolue, le vaccin n'est concevable qu'en plusieurs mois et la meilleure façon d'éviter le drame passe par une bonne information des citoyens. Cette information vient des médias, des journalistes d'une part et du gouvernement (là c'est de la communication) d'autre part. La communication du gouvernement se fait forcément via les médias. En temps normal, et dans une démocratie bien réglée, l'information en provenance des journalistes et la communication officielle, bref l'information et la communication, sont deux notions qui doivent se confronter et parfois s'opposer. En temps de crise sanitaire, par exemple, information et communication ont tendance à pacifier leurs rapports et semblent marcher de concert. D'où cette impression, qui peut très vite s'installer, d'une sorte de connivence voire de manipulation. Il faut dire que se crée (en même temps que la crise évolue) un jargon médiatico-administratif. Des termes naissent et prospèrent avant que l'on s'entende sur leur véritable définition. On ne sait pas qui des journalistes, des autorités sanitaires ou politiques, ont inventé ces termes. Par exemple « la grippe porcine, ou mexicaine ou H1N1 ou grippe A », et puis les fameux « cas, avérés, cas probables, cas confirmés ». Est-ce de l'hyper transparence ou un nuage ? On s'y perdrait. Ces moments sont difficiles à gérer pour les gouvernements. Et pour l'instant, on a évité les excès spectaculaires. Le président n'a pas visité des hôpitaux, en blouse blanche, l'air grave pour inspecter les préparatifs. Il faut arriver à concilier deux impératifs qui, d'habitude, demandent deux attitudes opposées. Il faut faire prendre conscience d'un risque grave et en même temps, rassurer pour éviter des attitudes irrationnelles. Or, en politique, rassurer est un exercice de haute voltige. On peut très vite donner l'impression de vouloir infantiliser la population mais surtout, à multiplier les propos qui se veulent rassurants, on peut affoler. Rien de mieux pour s'inquiéter que de se voir répéter « rassurez-vous, rassurez-vous ! ». Comment dramatiser assez pour déclencher assez les défenses tout en dédramatisant pour enclencher les bonnes défenses. Cette équation est, pour l'instant, plutôt bien résolue par le gouvernement et les responsables sanitaires. Quant aux accusations un brin paranoïaques d'une quelconque sur communication du gouvernement sur ce sujet - pour masquer une déplorable politique de santé publique par ailleurs - elles ne trouvent aucune illustration sérieuse dans les déclarations que l'on a pu entendre de Roselyne Bachelot ou Michèle Alliot-Marie. Pour un politique, les périodes de crise jouent comme des quitte ou double. Tous les politiques ont en tête le sang contaminé ou la canicule de 2003. Et les médias ? Là aussi, que des gros titres accrocheurs aient été utilisés et qu'en leur fort intérieur, des rédacteurs en chef se soient dit « voilà de la bonne actu qui fera vendre », c'est la loi du genre. Là encore, informer de façon complète et en continu est sans doute nécessaire à la lutte contre la propagation du virus mais peut aussi alimenter une psychose ou suspicion. Il faut s'y résoudre, dans ces situations, l'équilibre n'est jamais trouvé, par nature.

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