François Hollande élu Président : bilan d’une campagne.

Pour gagner une présidentielle il faut, soit être une personnalité exceptionnelle, soit être porté par une vague politique incontournable et évidente, soit être particulièrement fin stratège et opportuniste, au bon sens du terme. François Hollande qui revendique sa normalité n’est pas un être exceptionnel, le score relativement serré de cette élection prouve que la victoire d’hier soir ne résulte pas non plus d’un mouvement politique radical et d’ampleur… Reste le talent et la méthode du candidat socialiste. C’est sans doute ce qui lui a permis de l’emporter. François Hollande a coutume de revisiter le mythe gaullien de la fameuse « rencontre entre un homme et le peuple ». Il rajoute… c’est la « rencontre entre un homme, le peuple… et un moment ». Il faut correspondre à ce moment –l’opportunité- François Hollande, sa personnalité apaisante, son positionnement politique et sa constance, correspond sans doute à ce moment de la crise, et aux besoins d’une autre incarnation du pouvoir. Ce n’est pas rabaisser la victoire de François Hollande que de dire qu’elle vient plus de l’adéquation d’un homme et d’une époque précise qu’aux qualités exceptionnelles intrinsèques d’un chef programmé depuis la naissance pour incarner la France en toutes circonstances ! Certain de correspondre au moment plus que d’être par essence fait pour être Président, il a conçu une campagne constante, assez classique, très balisée. Et, on l’a vu, très efficace.

Le thème de la jeunesse était au cœur de sa campagne. Est-ce que ce thème a eu une importance pour la victoire ?

C’est très difficile à déterminer mais ce qui est sûr c’est que c’est un thème qui répondait à un état de fait sociologique qui est devenu une évidence, presque un poncif dans l’analyse et le commentaire de la société française : les générations actives, en ce moment, sont les premières qui pensent que leurs enfants vivront moins bien qu’elles-même. Personne ne peut affirmer que François Hollande a gagné parce qu’il aura su mettre des mots sur cette réalité vécue par les Français mais ce qui est sûr c’est que ce thème était un vrai thème et un thème martelé par le candidat depuis plus d’un an maintenant. De l’autre coté (mais c’est toujours facile de trouver une stratégie mauvaise une fois que l’on sait qu’elle n’a pas abouti)… de l’autre coté, Nicolas Sarkozy n’aura pas su définir un thème dominant, assez fort, venant de loin, pour convaincre les Français de le reconduire à l’Elysée. Depuis plusieurs mois, il avait identifié le thème de la « protection ». Il fallait qu’il soit, face à la crise, face aux mille dangers d’un monde ouvert qui menace notre modèle social… il fallait qu’il soit le président et le candidat « protecteurs ». Ce mot était répété par les stratèges du président comme étant l’alpha et l’oméga de la victoire. Mais au fil des mois et des sondages flatteurs pour Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy a donné à cette notion de protection une acception très « droitière ». A tel point que le thème de la « frontière » a été brandi ces derniers jours et que la ligne directrice semblait être à géométrie variable selon l’état des forces politiques qui menaçaient la réélection de Nicolas Sarkozy. La « droitisation », en plus d’être un positionnement politique particulier, signifie aussi que le président varie, qu’il subit les circonstances. L’un, constant, s’est révélé adéquat à l’époque, l’autre inconstant ne pouvait plus rassurer alors même qu’il avait choisi ce thème pour sa réélection.

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