Francois Hollande l'a confirmé hier : l'Etat actionnaire va bien se désengager de plusieurs grandes entreprises.

Sans pour autant parler de privatisation...

Cachez ce mot que l'on ne saurait savoir... Comme s'il était encore tabou à gauche. Alors que cela fait 30 ans qu'elle a renoncé à l'arme des nationalisations massives (c'était sous Mitterrand), et que c'est un Premier Ministre socialiste, Lionel Jospin, qui a été le champion toute catégories des privatisations en France...

Alors sur le papier, c'est vrai, il n'y aura pas à proprement parler de privatisations, l'Etat va se contenter de vendre une partie des 60 milliards d'euros d'actions qu'il détient, tout en promettant que cela ne changera rien à la gouvernance de ces entreprises. Passer par exemple de 84 à 80% du capital d'EDF ne devrait révolutionner ni les tarifs (d'ailleurs ca ne les a pas empêché d'augmenter), ni le statut des salariés.

Non, ce qu'il y a derrière cette annonce, c'est plutôt une forme d'aveu de la part du gouvernement.

Celui qu'il n'y a plus rien à prendre dans la poche des Français, qu'on est déjà au taquet de la pression fiscale sur les ménages, et qu'il faut désormais trouver un nouveau réservoir pour financer l'avenir. C'est un peu inquiétant, alors qu'on en est seulement l'année 2 du quinquennat....

C'est aussi une mise au point plus qu'une surprise. François Hollande ne fait que mettre au diapason ses mots et ses actes. Ces dernières semaines, l'état a déjà récolté plus d'un milliard et demi d'euros en revendant des parts d'EADS et de Safran. Mais c'était en catimini, presque sans le dire, et cette fois, ça aura le mérite de se faire au grand jour...

Y a-t-il un risque politique à vendre ainsi une partie des « bijoux de famille » ?

A en juger par les premières réactions, pas vraiment. La droite aurait bien du mal à critiquer, elle a fait la même chose pendant des années, allant même jusqu'à privatiser les autoroutes, et puis l'utilistaion de cet argent est tout ce qu'il y a de plus consensuel. Le gouvernement a promis que l’argent ne servira pas à boucler ses fins de mois, ni à remplir le tonneau des Danaïdes de la dette, mais bien à financer les secteurs de demain. On peut difficilement être contre un plan qui va relancer le numérique, la transition énergétique, ou la santé. Non une nouvelle fois, c'est sa gauche que François Hollande va froisser. Vous me direz qu'il n'est plus à ça près...

On a entendu dès hier les premiers grognements sur l'aile gauche du PS... Les syndicats ne devraient pas tarder à monter au créneau, et le front de gauche, lui est déjà vent debout. A ceux qui se demandaient si François Hollande allait envoyer un signal à son ancien camarade Jean-Luc Mélenchon, la réponse au moins est clair : circulez, y'a rien à voir... Il y a d'ailleurs quelque chose d'assez cocasse à imaginer le Président, dimanche dernier dans son bureau de l'Elysée, en train de peaufiner cette annonce au moment même où les manifestants lui réclamaient un coup de barre à gauche... Alors maintenant, il va falloir assurer le service après vente de cette mesure. En expliquant d'abord que la présence de l'Etat, au capital de Renault ou d'Air France KLM n'a pas empêché les plans sociaux, même si elle les a sans doute atténué.

Et puis qu'on ne peut pas demander à la fois la fin des hausses d'impôts, la relance de la croissance, c'est l'objectif de ce plan, et critiquer le gouvernement quand il cherche de l'argent frais.

Là on aura, le beurre, l'argent du beurre, mais pour cela, il faudra vendre une partie de la crémerie...

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.