François Hollande s’est exprimé hier sur BFM TV et RMC.

Oui et il faut souligner une promesse tenue en matière de communication. Ce n’est pas qu’un détail, il en va de la qualité démocratique de la relation entre le Président et les Français. Cette relation est très difficile à mettre en place dans une société ou la communication de masse est en perpétuelle évolution. François Hollande a enfin participé à une émission de radio, de façon normale (ce n’était pas chez nous mais ça viendra certainement, ne soyons pas mauvais joueurs). Ça paraît tout à fait banal mais en réalité c’est la première fois qu’un président en exercice, et hors campagne électorale, participe à une émission –avec des auditeurs- sans avoir, un minimum la maîtrise sur celle-ci. Autrefois les interventions télévisées étaient des coproductions entre l’Elysée (qui choisissait le réalisateur et négociait le choix des interviewers et les thèmes abordés) avec les chaînes souvent regroupées. Ça se passait dans un cadre spécial, généralement à l’Elysée. Nous étions la risée de tous nos confrères européens qui avaient l’impression (et ils avaient raison) que la communication présidentielle était digne d’une république bananière. La parole présidentielle ainsi magnifiée, ainsi protégée, avec une collaboration malsaine entre des communicants touts puissants et des journalistes politiques, enfermait le Président dans un long monologue sécurisé qui contribuait à renforcer l’aspect néo-monarchique de la fonction.

Les présidents étaient rarement en situation de dialogue réel .

Oui. Il fallait attendre la campagne de réélection pour les voir dialoguer et se voir opposer des arguments et des contestations. Dans toutes les autres grandes démocraties européennes, le chef de l’exécutif est responsable devant le Parlement… Il est, de fait, constamment interpellé, directement par les parlementaires et il doit répondre de tout, tout le temps. Il n’y a donc jamais d’échappatoire et moins de place pour l’ambiguïté. Le premier ministre Anglais est chaque semaine sur le grill des questions à la chambre des communes. Le président Français, qui, bien sûr, ne peut pas se retrouver devant les députés, puisqu’il tire sa légitimité directement du peuple, peut passer quasiment tout son mandat (ce fut le cas de Nicolas Sarkozy jusqu'à la campagne de 2012) sans avoir à répondre à des questions de journalistes ou de parlementaires, ou de Français tout simplement, autre que lors des émissions de télé spécialement formatées et négociées ou lors des conférences de presse trop rares et très codifiées. La façon de faire de François Hollande : déclaration solennelle classique depuis l’Elysée, conférence de presse tous les 6 mois et participer à des émissions déjà existantes et sans contrôle de sa part, voilà qui normalise –sans banaliser- la parole présidentielle. Les nostalgiques d’un président olympien s’en plaindront, ceux qui prônent plus de simplicité et de fluidité dans le débat démocratique s’en féliciteront. Est-ce positif pour lui, pour sa popularité ? Ça c’est son affaire –rien n’est moins sûr- et ça dépendra surtout de l’authenticité de son propos et, bien sûr, des résultats de son action parce que le mode de communication d’un président, -même s’il dit beaucoup sur la maturité démocratique d’un pays -n’est finalement que l’écume de la réalité politique !

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