De Platon à Régis Debray, ils sont bien nombreux à avoir défini la République en termes philosophiques. Politiquement, aussi, les interprétations ont beaucoup évolué. Il était, par exemple, particulièrement républicain, avant la guerre que les femmes (supposées être le cheval de Troie de l’Eglise) ne votent pas. Pour le Conseil National de la résistance, l’Etat providence était l’essence de la République nouvelle. Ce que Nicolas Sarkozy appelle aujourd’hui l’assistanat et qui ne serait pas républicain puisque la République (dit-il), c’est d’abord la responsabilité individuelle. Ainsi, sur chaque sujet, Nicolas Sarkozy pose sa grille de lecture républicaine. Par exemple, sur l’éducation, il dit : « La République, c’est le mérite et l’excellence ». « Que reste-t-il de ce principe après la suppression des bourses au mérite » dit-il. On pourrait soutenir exactement le contraire: la République, c’est le mérite, qu’en reste-t-il quand les bourses au mérite, sur la base des notes, favorisent, en fait, la reproduction sociale des élites ?

Vous voulez dire que les définitions que N.Sarkozy donne de la République sont réversibles ?

Quasiment toutes : « La République a trop cédé », dit-il. Pour beaucoup, effectivement, la République a trop cédé, mais au marché, au libéralisme. Parce que la République, c’est la liberté ET l’égalité, deux notions souvent en concurrence. Depuis que la droite est républicaine, elle met en avant la liberté individuelle, notamment en matière économique. Alors que la gauche valorise l’égalité, notamment en matière sociale. Dans sa lettre aux militants, N. Sarkozy affirme revenir aux sources de la République. Donc être porteur non pas d’une vérité mais de LA vérité républicaine. Il y a deux risques dans cette façon de se dire le seul bon interprète du dogme. Le premier est de transformer la vie politique en bataille théologique et, du coup, d’abimer l’une des composantes, pour le coup, indiscutable de la République : la démocratie… Le second risque c’est, au contraire, de galvauder la République. On ne peut pas réclamer que la moindre décision de gestion soit estampillée « pure République élevée en plein air républicain ». La République, « c’est le soutien à ceux qui créent des emplois », dit N. Sarkozy. Bref, tout ce qui est bien, joli, utile, juste, efficace et sympa, est républicain. Dans la lettre aux militants, l’ancien président donne sa hiérarchie des notions constitutives de la République. Dans l’ordre : l’autorité, le travail, la responsabilité, le mérite, la liberté. Ça dessine une République conservatrice et libérale. Sa République mais pas La République. La réalité est beaucoup plus simple et apaisante ! Droite et gauche sont républicaines du moment que leur programme est compatible avec les lois de la République. Et tant que nous vivons sous l’empire de l’actuelle constitution, dont plus personne ne dénie le caractère républicain, ce sont les Conseils d’Etat et Constitutionnel qui sont là pour en juger.

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