Aujourd’hui, donc... ça fait deux ans.

Deux ans que nous essayons de définir le macronisme... Le problème c’est qu’à chaque fois que l’on croit toucher au but, l’art du contre-pied et de l’auto-triangulation du président vient brouiller l’horizon. Car il s’agit de cela : une telle proposition politique doit offrir un horizon, un but de société. Revenons aux bases du macronisme. Prenons l’aspect idéologique, laissons le style. Il s’agissait d’une méthode pour que ce qui ne marche pas  marche ... agissant sur quelques verrous spécifiques, pour débloquer la société. Offrir à chacun le moyen de se réaliser, d’être autonome. Trop de droits formels qui ne protégeaient plus vraiment et barraient la route aux exclus. En économie, il s’agissait d’inventer des droits réels en politique, de faire sauter le clivage gauche-droite autobloquant. Pour rendre chacun autonome, on promettait l’investissement massif dans la formation et d’en finir avec ce que David Amiel et Ismael Emelien, conseillers élyséens propulsés théoriciens, appellent la ‘société de la frustration’. Offrir une mobilité sociale géographique et économique. 

Voilà un horizon !

C’est surtout une série de méthodes pour remettre la société En Marche... mais En Marche vers où ? Là est le reproche permanent. Le macronisme, finalement, c’est plus un traité de développement personnel qu’une vision globale. Quand Martine Aubry réduit le temps de travail en 1997, c’est la continuation d’une histoire politique identifiée. Quand Nicolas Sarkozy dit ‘travailler plus pour gagner plus’, il s’inscrit aussi dans une lignée. On voit bien quels sociétés vont avec ces propositions. Quand Emmanuel Macron dit qu’il faut travailler plus, ça ne se raccroche à aucune vision du monde en particulier, c’est juste pour financer les mesures post grand-débat... Sur ce sujet (le travail), le président a d’ailleurs brouillé le message en donnant du 1er mai une définition très conservatrice ... ‘la fête de ceux qui aiment le travail’ et non la fête des travailleurs... Maintenant, après deux ans de pouvoir à tâtons, si l’on essaie de définir le macronisme dans sa pratique, on reste sur sa faim. Même s’il s’agit juste (et pourquoi pas après tout) de redonner sa chance à chacun... on ne voit pas encore l’efficacité de l’action. Le mouvement des Gilets Jaunes –une population qui se sent assignée- en est le signe flagrant. Le macronisme, pour durer, doit donc se trouver un horizon global. Pour l’instant, il penche vers un centre-droit libéral classique. Ce peut-être son futur, puisque la droite se radicalise et laisse un espace. Il pourrait être aussi écologiste. Les transfuges de la gauche le souhaitent. En réalité, le macronisme n’est plus un contenu, c’est un contenant qui reste à remplir. Mais alors, qui va le remplir ? Le centre-droit d’Edouard Philippe et Bruno Le Maire ou l’écologie-libérale de Daniel Cohn-Bendit et Pascal Canfin ? Hier soir, avec l’annonce du quasi abandon du projet minier de la Montagne d’or et l’affirmation d’un nécessaire changement de modèle économique, les écologistes ont marqué un point. Mais ce sont encore des propos de campagne ! Dans l’action concrète, quotidienne, de la majorité, c’est toujours clairement le 1er ministre et son ministre de l’Economie –le centre-droit- qui l’emportent.

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