Ce matin, une évolution sémantique dans le discours politique depuis le début de la crise… Retour sur cette façon de remplacer, dans le langage politique courant, le verbe ‘pouvoir’ par la locution ‘être en capacité de’. Si vous ne l’avez pas remarqué, c’est sûr, maintenant, ça va vous sauter aux oreilles.

La plupart des responsables politiques ne disent plus ‘je peux réduire le chômage, nous pouvons fournir des masques’… mais ‘je suis, ou nous sommes en capacité de’… Emmanuel Macron disait, en fixant la date du 11 mai ‘nous serons en capacité de tester tous ceux qui doivent l’être’… 

Non, le confinement ne me rend pas maniaque. Ce n’est pas un détail… remplacer ‘pouvoir’ par ‘être en capacité’ pourrait  n’être qu’un tic de langage à la mode comme il y en a tant. Mais cela dit beaucoup. C’est la marque d’un affaiblissement du volontarisme.

Vouloir n’est plus pouvoir, en politique ! Cette évolution sémantique traduit ‘l’impuissantement’ des  élus nationaux. C’est un terme qui vient, comme  souvent, du langage managérial. Dans les entreprises, ce qui compte, ce  n’est pas simplement de vouloir pour pouvoir… Il faut réunir toutes les  conditions de l’action efficace. Vous dites à votre banquier que pour  réaliser tel projet, vous ‘êtes en capacité’…  vous avez les équipes, les compétences, le débouché commercial. Votre  légitimité, votre conviction sont nécessaires mais secondaires par rapport au contexte.  Et, pour une fois, ce ne sont pas les libéraux qui ont importé ce terme managérial en politique mais  la gauche. Ségolène Royal, en 2007, l’utilisait déjà beaucoup.

 Pourquoi cette locution est-elle passée en politique ?

Au  moment où ce que l’on reproche aux élus n’est pas tant leur orientation idéologique que leur impuissance, il ne s’agit plus de dire que l’on  peut mais que les conditions sont réunies pour que ce que l’on veut puisse se réaliser.

L’adage ‘vouloir c’est pouvoir’ s’inverse. 

Maintenant c’est je ‘peux donc je veux’ … bref, ‘je suis en capacité’. On se défie du pouvoir, on craint ses abus et en même temps (paradoxe  bien français), on reproche aux dirigeants leur impuissance. Ces derniers mois, le ‘en capacité’ a  explosé parce que, face au virus, l’autorité, la volonté, le pouvoir  brut, même la légitimité, sont démonétisés dans un monde connecté,  interdépendant…  et maintenant viral ! 

Ce qui nous arrive dépend de moins en moins de  nous et de nos dirigeants. Le rapport au pouvoir change donc  radicalement, surtout quand celui-ci est centralisé et  ultra-personnifié. Et puis il y a aussi l’horrible mot ‘présentiel’ qui a surgi !

Il vient aussi de l’entreprise, du télétravail, des réunions en réseaux.  Si je vous dis ‘je serai là’, vous  vous méfierez… une personne de plus dans vos mètres carrés pour le plus  grand bonheur du virus. En revanche, si je vous dis ‘je  serai en présentiel’, tout de suite c’est plus hygiénique… vous  m’imaginerez avec un masque, du gel hydro-alcoolique dans la  poche !  

D’ailleurs, je ne me demande plus quand ‘pourrai-je enfin vous retrouvez en studio ?’ Nicolas et Léa… mais ‘quand  serai-je en capacité de faire ma chronique en présentiel’ !
 

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