Le débat sur la légalisation du cannabis est un cas d’école politique. Voilà un thème sur lequel il suffit que des parlementaires (de n’importe quel bord) se penchent sérieusement dans le cadre d’une commission, par exemple, pour qu’à la fin, ils tombent tous à peu près d’accord : il faut légaliser !

Il faut légaliser sur le cannabis. Ici préparation d'un "joint'
Il faut légaliser sur le cannabis. Ici préparation d'un "joint' © Getty / Camille Delbos/Art In All of Us/Corbis

Les questions sanitaires, sécuritaires ne résistent pas à l’étude approfondie, comme l’a encore montré la mission d’information parlementaire, et le rapport publié avant-hier. 

La législation actuelle est une catastrophe sécuritaire, crée des zones de non droit, entretient une économie souterraine qui, elle-même, devient une drogue dure pour des quartiers entiers sous dépendance. La police s’use, parfois tragiquement, comme on l’a vu à Avignon, à traquer un trafic insaisissable, fait à la fois de flux financiers internationaux et de guetteurs de 12 ans. 

Ce n’est pas la peine que les maires continuent à quémander quelques milliers de policiers en plus, ni de promettre plus de bleu dans les rues, si c’est pour dépenser tant d’énergie à repousser la marée, avec ses gros bras et des coups de menton de ministre de l’Intérieur ! 

Il est question d’une substance dangereuse, facile à produire, dont il faudrait plutôt encadrer, taxer la production, la distribution et la consommation, pour en finir avec l’opacité et donc l’insécurité générale y compris sanitaire. Arguments mille fois documentés. 

Et pourtant…

Et pourtant, la légalisation n’est jamais à l’ordre du jour ! Le président promet un débat. Les députés de la majorité souhaitent ce débat. Robin Réda, le président LR de la mission parlementaire, aussi. 

Mais on ne le voit pas venir. Les écologistes, les Insoumis, la plupart des socialistes, au moins la moitié des marcheurs, pas mal de centristes, certains députés de droite sont favorables à la légalisation. On sait que sur ce sujet le moindre débat fait progresser la cause de la légalisation. 

Mais deux éléments l’empêchent

  • Le premier est inavouable parce que c’est justement un argument de toxico : comment combler le vide économique qui suivrait la cessation du trafic dans les quartiers concernés ? 
  • Le deuxième élément : le complexe autoritaire. On demande toujours au ministre de l’Intérieur (et jamais à celui de la santé) ce qu’il pense de la légalisation. Le sujet est à chaque fois d’abord abordé sous un angle non pas sécuritaire (on l’a vu, ce serait vite réglé) mais autoritaire et symbolique.

Paradoxe, alors qu’une très large majorité des Français y est favorable, d’après les enquêtes d’opinion réalisées par la mission d’information elle-même, la perspective de légaliser le cannabis charrie toujours dans l’imaginaire collectif (du moins dans l’idée que s’en font Gerald Darmanin et visiblement Emmanuel Macron) l’impression de laxisme, d’un laisser aller post soixante-huitard, de permissivité décadente. 

Dans cette ambiance d’offensive culturelle de la droite dite ‘hors les murs’, c’est-à-dire réactionnaire, une position de refus martial de la légalisation assure une image d’autorité facile, à laquelle aucun ministre de l’intérieur n’a le cran de renoncer ! 

Tant pis pour la rationalité, pour la sécurité réelle, tant pis pour la santé de millions de jeunes. Visiblement ce qui prime c’est d’avoir l’air d’un chef à poigne, d’un vrai.

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