**Coup de tonnerre ce weekend avec le fameux sondage Harris-Interactive qui donne Marine Le Pen en tête au premier tour de la présidentielle.Oui, ce sondage est à prendre pour ce qu’il est : un sondage à 14 mois du scrutin. Il est, bien sur, très critiqué et c’est vrai que les sondeurs avouent qu’ils ne savent pas très bien évaluer le FN parce que d’une élection à l’autre les sondés ont de moins en moins de gène à dire aux personnes qui les interrogent qu’ils voteraient le Pen (père ou fille). Dire à un sondeur qu’on veut voter le Pen peut même n’être qu’une manifestation de mauvaise humeur… Mais dans quelle proportion ? On aura certainement des explications plus précises avec le directeur d’Harris Interactive dans quelques minutes. Mais ce qui compte ce n’est pas tellement le niveau des intentions de vote c’est plutôt leur évolution. Et ça monte pour Marine Le Pen, ça baisse pour le président. Pour la gauche c’est moins clair puisqu’on ne connaît pas le nom du candidat PS. Le croisement, même virtuel entre le Pen et Sarkozy créé un choc. Quel sera l’effet de ce choc à l’Elysée ? Va-t-on y prendre conscience du caractère suicidaire de la stratégie actuelle ? Stratégie inspirée par le très droitier et occulte conseiller Patrick Buisson. Quelle est la nature des conseils que Patrick Buisson délivre au président ?Cet ancien journaliste de Minute estime que le centre et les modérés ne comptent pour rien dans une dynamique de campagne et que pour avoir avec soi les couches populaires, celles qui font, selon lui, l’élection, il faut favoriser avant tout des débats identitaires et sécuritaires. Et comme aucune des promesses d’ordre économiques et sociales n’ont été tenues, comme le sarkozysme programmatique avait pour colonne vertébrale le bouclier fiscal, abandonné la semaine dernière, le président préfère écouter celui qui lui dit que 2012 se jouera, non pas sur l’économique et le social mais sur la sécurité et l’identité. C’est bien connu, les conseillers les plus écoutés sont ceux qui vous disent ce que vous voulez entendre. Les américains ont un terme pour ça, le Wishfull thinking…l’auto-persuasion. Pour en sortir il faut recevoir des coups de fouets. Ce sondage peut en être un… mais en attendant l’influence de Buisson, combattu au sein même de l’Elysée par un conseiller comme Henri Guaino, qui refuse de mettre les valeurs de la république en débat, cette influence se répand aussi au-delà, dans la majorité et si elle rebute bon nombre de députés UMP, elle atteint certains personnages qui ne se rendent sans doute pas compte de la dérive qu’elle engendre. Ainsi Laurent Wauquiez, jeune ministre des affaires européennes et Maire du Puy en Velay se met à parler comme vieux réac rance. Il a fait une déclaration passée relativement inaperçue en recevant jeudi le président dans sa ville. Il a dit ça, je cite : « Strauss-Kahn, ce n'est pas la Haute-Loire, ce n'est pas cette culture-là ». Un petit coup de « terre qui ne ment pas » de facture très « buissonienne », une vieille sauce maurrassienne que même Marine Le Pen laisse à son père. Wauquiez fait cette déclaration alors que le président rappelle l’importance de la « chrétienté, magnifique héritage de civilisation ». Après ce sondage Nicolas Sarkozy va-t-il admettre que Patrick Buisson est un boulet aussi néfaste pour sa politique que le furent Michèle Alliot-Marie ou Brice Hortefeux ? Si non, le risque, à force, c’est que ce soit lui, Nicolas Sarkozy, qui finisse par être perçu comme le principal boulet de sa majorité.**

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