7h46 : L'édito politique de Marc Fauvelle

Au lendemain des confidences de Nicolas Sarkozy à Valeurs Actuelles, vous revenez sur l'usage du "off" entre les hommes politiques et les journalistes

C'est un débat vieux comme le monde ou presque...

Faut-il tendre l'oreille aux confidences des politiques et faut il parfois griller le "off", c'est à dire le rapporter en citant ou non sa source ?

C'est un vieux débat, qui alimente aussi la défiance d'une partie de l'opinion contre les journalistes qui couvrent la politique...

Il y aurait d'un côté ce que disent les politiques en privé, une parole plus libre, et de l'autre ce que les journalistes racontent ou écrivent... Comme si les Français n'étaient pas assez grands pour entendre la vérité, comme si les journalistes s'étaient arrogés le droit de servir de filtre...

Il y a au moins 2 exemples, qui ont marqué les esprits :

D'abord la formule de Lionel Jospin, juste avant l'élection présidentielle de 2002... Le fameux veilli, usé et fatigué dont il avait affublé Jacques Chirac, lors d'une conversation "off" avec des journalistes dans un avion. La formule aussitôt rapportée lui avait coûtée cher, et peut-être même la victoire. C'est l'exemple du "off" boomerang, celui qui revient à l'envoyeur...

Plus recemment, on a eu affaire au "off" cas de conscience.... Quand à l'été 2010, Dominqiue Strauss-Kahn déjeune avec plusieurs journalistes, il leur confie qu'il sera bien candidat aux primaires socialistes. Puis il décrit les trois écueils qui selon lui l'attendent : les femmes, l'argent et sa judaïcité... Pas une ligne à l'époque dans les journaux. Le "off" est scrupuleusment respecté, mais il volera en éclat quelques jours après l'affaire du Sofitel. Quand une partie de la presse racontera par le menu les déclarations prémonitoires de DSK.

D'où cette question, à quoi sert le "off", est-il vraiment utile ?

C'est un peu comme le cholesterol, il y a le bon et le mauvais....

Prenez par exemple le passage de Francois Fillon au 20h de TF1 le mois dernier. En "off", ses amis ont reconnu qu'il était complètement raté, qu'on n'y avait pas compris grand chose de ses ambitions, ce qu'on ne s'est pas privé de raconter à l'antenne de TF1, mais si vous tendez le micro, vous obtiendrez la réponse inverse....

Souvenez-vous du croc de boucher auquel Nicolas Sarkozy avait promis en "off "d'accrocher ses accusateurs dans l'affaire Cleatream. il décrit mieux que de longs articles la haine qu'il ressentait contre Dominique de Villepin...

Le "off" est parfois un remède contre la langue de bois....ou les communiqués de presse hagiographiques...

La politique est faite d'idées, mais aussi et au moins autant de chairs, de rivalités, de rapports de force, que le "off" permet de mettre en relief...

Quand Laurent Fabius s'interroge en 2007, après l'entrée en lice de Ségolène Royal sur "qui va garder les enfants", il y a plusieurs lectures.... Soit l'humour plus ou moins réussi, soit une forme peut être de sexisme, ou encore une pointe d'agacement face au couple politique Royal/Hollande accusé de privatiser le PS... c'est aussi de la politique....

Et hier, Nicolas Sarkozy a sans doute inventé une nouvelle sorte de "off"...

Le vrai-faux "off", le je vous l'ai dit sans le dire, mais vous pouvez le dire quand même....

L'ancien Président s'est donc laissé convaincre par plusieurs de ses amis ou conseillers, Jean Claude Dassier, ou Patrick Buisson, de venir converser avec des journalistes de Valeurs actuelles ...un magazine dont ils sont dirigeant ou ex dirigeants... C'était donc tout sauf un guet apens

Il est ressort une forme hydride de journalisme... Ce n'est pas vraiment une interview, puisqu'aucune question ne lui est posée, mais les propos sont tout de même rapportés entre guillemets et sortent directement de sa bouche. Quand il dit par exemple qu'il sera peut-être "obligé d'y aller en 2017, non par envie mais par devoir". Ou quand il s'indigne sur le mariage homosexuel en ces termes "Bientôt ils vont se mettre a 4 pour avoir un enfant. Il n'y a aura pas de traçabilité"....

Quand il tient ses propos, Nicolas Sarkozy sait parfaitement qu'ils vont sortir...

D'ailleurs personne dans son entourage ne les a démentis, ce qui fait de ce faux "off" un vrai "on"....

Par un curieux retournement, le "off" dans ce cas précis, est devenu l'antithèse de ce qu'il est censé combattre, c'est a dire une belle entreprise de communication.

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