bernard cazeneuve commence à détailler les futures économies
bernard cazeneuve commence à détailler les futures économies © reuters

Ce matin vous nous parlez des 50 milliards qui tétanisent les membres du gouvernement…

Oui, ce qui angoisse l’ensemble de la sphère socialiste c’est ce chiffre : 50 milliard d’économies ! Chaque ministre est très inquiet pour son budget. Le Président, lors de sa conférence de presse du 16 janvier, à l’occasion de ce que certains ont appelé le « virage libéral », le « tournant de la politique de l’offre » ou –pour les tenants du langage officiel- la « clarification », « l’accélération »… le Président donc, en début d’année a affirmé qu’il faudra faire 50 milliards d’économies. 50 milliards d’économies par rapport à ce que l’on aurait du dépenser dans les années qui viennent et non pas 50 milliards par rapport à ce que l’on dépense maintenant.

Mais c’est quand même un effort inédit qui ne sera pas sans conséquences sociales et politiques. Pour faire ces économies en 3 ans, il ne suffira pas de toucher aux dépenses de l’État, de son fonctionnement, poursuivre le gel des salaires des fonctionnaires, ni aux dotations destinées aux collectivités locales, mais il faudra aussi toucher aux dépenses sociales, à la Santé, à la Politique familiale, peut-être à l’aide au logement qui coûte 70 milliards par an, peut-être à l’assurance chômage.

Une politique (un choc, comme il est de bon ton de dire en ce moment) de simplification ou de rationalisation des dépenses ne suffira pas. Atteindre 50 milliards en 3 ans c’est faire des économies qui ne sont pas en rapport avec le discours tenu en ce moment par la majorité, qui nie l’aspect sacrifice inévitable. Nous sommes dans la situation de l’obèse à qui le médecin vient de dire qu’il faut que l’on perde 50 kilos… mais qui ne nous a pas encore prescrit le régime…et qui, pour ne pas qu’on aille voir ailleurs, nous laisse croire que ça se fera sans privation majeure.

Il faudrait un discours de type « du sang, de la sueur et des larmes » ?

Peut-être pas mais à Matignon et à l’Élysée on semble relativiser les effets de ces 50 milliards d’économies qui seront annoncées début avril. Jean-Marc Ayrault prend bien quelques exemples savamment choisis, comme l’accentuation de la chirurgie ambulatoire. C'est-à-dire réduire les durées d’hospitalisations (des mesures qui ne font pas peur, au contraire) mais, tout en disant que tout est sur la table, que toutes les dépenses sont évaluées. 50 milliards d’économies impliqueraient forcement un discours hétérodoxe par rapport au discours des socialistes, , même version François Hollande social-démocrate.

Pour l’instant, politiquement, le plus facile a été fait. Le pacte de responsabilité, c'est-à-dire la réduction du coût du travail est une mesure qui embarrasse le flan gauche de l’appareil socialiste, qui heurte la conscience de nombreux militants ou sympathisants… mais la baisse des dépenses publiques, à hauteur de 50 milliards risque de heurter beaucoup plus largement, les électeurs de gauche qui risque de penser que l’on écorne notre modèle social. Pour l’instant le président est le seul à savoir ce qui se trame vraiment.

Mais la communication gouvernementale ne semble pas nous préparer à des réductions drastiques…

Trois hypothèses : soit 50 milliards c’était un effet d’annonce (pendant qu’on fait mine d’y travailler, on négocie, en réalité, un report des objectifs de déficit avec Bruxelles). Soit, on sous estime volontairement l’effet de ces économies parce qu’il y a les municipales à la fin du mois, soit, on improvise, soit, enfin une quatrième hypothèse, la plus fréquente en politique : un peu des trois premières !

Et aussi :

Nous avions déjà abordé ce sujet lors du débat économique du 24 janvier

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.