Vous vous intéressez à l’incessante référence au général de Gaulle par F.Fillon

Oui F.Fillon a fini par mettre l’appareil LR au pas. S’il n’est plus contesté, c’est parce qu’il a su installer une dramatisation toute gaullienne. C’était gonflé mais ça a marché ! C’est en vertu d’un héritage gaullien revendiqué, et même rabâché, que F.Fillon se drapant dans sa superbe solitude au sommet, en lien direct avec la base, a cloué le bec aux détracteurs de son camp. Le gaullisme c’est, selon le célèbre mot de Malraux, le métro à 5 heures du soir. Mais le public du Trocadéro dimanche, c‘était surtout les stations Auteuil- Neuilly-Passy. Le gaullisme c’est le courage, l’obstination d’un homme isolé au sein de l’élite perverti, le refus du régime des partis, le sens de l’Etat. Le gaullisme est devenu, au fil du temps, une grande malle à accessoires et déguisements d’époque qui permet aux politiciens d’aujourd’hui de singer la grandeur. Grossir l’enjeu, mettre la survie de la France sur la table, justifie un appel du 18 juin par semaine en ce moment ! Des militants, des sympathisants y ont été sensibles, le peuple en général, c’est beaucoup moins sûr… Mais chaque chose en son temps.

C’est quand même pratique le gaullisme !

Oui ! Le gaullisme sert pour à peu près toutes les situations de crise, même pour convenance personnelle ! Il suffit de dramatiser à outrance, de transformer un ennui judiciaire en menace pour le pays ! F.Fillon traverse une crise qui lui est propre, dont il est le seul responsable et il se défend comme s’il défendait l’honneur et la liberté de la Nation ! Il confond le 1er mars, date de son appel à manifester contre sa mise en examen, avec 18 juin 40 ! F.Fillon arrive à transformer alors le PénélopeGate en péril national… Il décrit la France comme un vaste champ de ruines, au bord de la guerre civile à cause d’un nouveau traitre de l’intérieur : le «socialo-centrisme». Les juges, la presse, les socialo-centristes voudraient empêcher F.Fillon de sauver la France! L’appel au peuple, pratiqué pour mobiliser ses sympathisants, n’empruntait pas seulement au gaullisme mais à toute la vulgate de la droite bonapartiste. L’Appel au peuple, c’était d’ailleurs le nom du parti bonapartiste à la fin du XIXème siècle. Le Trocadéro, cette marée de drapeau, ces références à la vraie France, c’était ce vieux couple à trois de la droite française : un homme, le peuple et le pays, contre le « politiquement correct » mondialisé et les traitres. Charles Beigbeder, nouveau grognard du fillonisme bunkerisé, pouvait parler de son héros comme du candidat qui se dresse, je le cite, contre « l’illusion multiculturelle ». Nous n’étions plus dans le gaullisme populaire, mais bien dans un conservatisme appuyé. C’est aussi ce qu’a dénoncé A.Juppé lors de sa déclaration de non candidature (en invoquant –je vous disais que le gaullisme sert à tout !- aussi le gaullisme). En réalité, le maintien de F.Fillon engendre un repli idéologique, une pensée d’assiégé plus qu’un rassemblement gaullien. Si la référence au gaullisme a fonctionné pour les sympathisants, il n’est pas sûr que lors de sa mise en examen, dans une semaine, F.Fillon convainque une majorité de Français de la nature gaullienne de sa situation…Parce que « qui imagine le général de Gaulle etc… »

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