A l’occasion des résultats électoraux en Italie vous vous interrogez sur l’euroscepticisme en France…

Oui parce que la présidence Macron nous donne l’impression trompeuse que l’euroscepticisme, sous sa forme populiste, aurait reculé en France. En effet,  Emmanuel Macron s’est fait élire l’année dernière en s’affirmant profondément attaché à la construction européenne et même à une politique de l’Union plus intégrée. Et le thème de l’Europe a contribué à plomber Marine Le Pen. C’est en fait l’incapacité flagrante de la candidate à théoriser son euroscepticisme, sur la question de l’euro notamment, qui lui a nui. Quant au président, il ne s’est pas fait élire parce qu’il est pro-européen mais bien qu’il le soit. En revanche, en Italie, c’est la défiance envers l’Europe qui l’a emporté. L’Italie avait l’impression –justifiée- d’être laissée seule en 1ère ligne face à la vague migratoire, abandonnée par ses voisins qui fermaient leurs frontières. Pour mieux comprendre la vérité de l’état d’esprit des Français sur la question européenne, il faut se référer aux résultats du 1er tour de la présidentielle plutôt qu’à ceux du 2nd ! Et au 1er tour, le total des voix qui se sont portées sur des candidats critiques envers l’Europe (et assumant une forme de populisme) avoisine les 50%. Il s’agit des suffrages additionnés de Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Luc Mélenchon, plus l’ensemble des petits candidats. 10 mois après l’élection, non seulement ces forces existent toujours mais celui qui a repris le flambeau de LR, Laurent Wauquiez, flirte, à son tour, avec l’euroscepticisme, embrasse à pleine bouche le populisme et adopte la stratégie du clash permanent à la Trump ou à l’italienne. La sphère souveraino-populiste est donc assez large dans la réalité politique française d’aujourd’hui.

Large mais composite…

Oui. C’est une sphère éclatée, pas un bloc. Si par exemple les responsables mélenchoniens assument leur populisme (et même utilisent ce mot pour décrire leur façon de faire de la politique), ils sont à l’opposé, sur bien des sujets déterminants, du FN et du Wauquiezisme. Un peu comme à l’époque du «non» au référendum de 2005 (ou, hors FN,  il ne s’agissait pas de populisme, ni même forcément de souverainisme), les partisans du «non» pouvaient gagner ensemble mais étaient incapables (et d’ailleurs ne le souhaitaient pas) d’incarner une alternative, tant les «non» de gauche et les «non» de droite étaient dissemblables. Aujourd’hui, il en va de même avec LFI et la droite nationaliste ou anti-Europe intégrée. Les modes de scrutin  pour la présidentielle et les législatives, nos institutions, ont fait gagner le camp qui, sur la question européenne, n’est peut-être pas majoritaire mais est le plus cohérent. Les forces politiques, les électeurs, de gauche ou de droite, qui croient en la construction européenne, se retrouvent autour d’Emmanuel Macron, au moins face à un candidat souveraino-populiste. La Vème République a permis au camp le plus cohérent de l’emporter. Ça nous offre, par rapport à nos voisins, plus de stabilité. Mais attention à l’effet d’optique : on peut être cohérent et minoritaire, et incohérent et majoritaire… c’est sans doute, aujourd’hui, la configuration politique ambiguë de notre pays.

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