Chronique de Françoise Degois. Aux USA, les républicains pourraient perdre leur majorité à la chambre des représentants aujourd’hui. Les démocrates ont mené une campagne très offensive. On l’évoquera forcément ce soir, au cours du dernier débat télévisé entre les candidats socialistes, qui portera sur l’international. L’occasion de revenir sur ces relations franco-américaines qui influencent et empoisonnent aussi la politique intérieure. Il faudrait songer à en terminer un jour avec cette vision caricaturale des Etats-Unis. Soit modèle absolu, indépassable, symbole de suprématie économique et militaire. Soit grand méchant loup, riche écrasant les pauvres, arrogant dominant les humbles. Certes, la guerre en Irak tourne au désastre humain, militaire et politique. Certes l'administration Bush et Georges Bush lui même sont souvent au-delà de leur propre caricature. Certes la volonté de leadership et d'isolationnisme des américains, l'exaltation du Bien et du Mal, exarcerbé aprés l'horreur du 11 septembre. Certes tout cela inquiète et à juste titre. Mais faut-il pour autant en rester là ? Rester dans cet atlantisme hypertrophié, presqu'aveugle, symbolisé par Nicolas Sarkozy qui s'affiche sans complexe et surtout sans prise de distance politique avec Georges Bush. Bien sûr pour faire un pied de nez à Jacques Chirac, mais surtout parce qu'il croit profondément à cette Amérique là. Un Sarkozy qui s'excuserait presque de l'attitude française lors de la crise irakienne, en 2003. Mais peut-on rester coincé dans cet anti américanisme, plus ou moins larvé, qui fleurit, à gauche, sous les discours de fausse compassion et permet aujourd'hui, notamment à beaucoup de dirigeants socialistes, de s'offrir à bon compte des succès de salle facile. Clin d'oeil appuyé à une partie de cet électorat de gauche, qui conspue sans nuance le supposé tyran américain, au risque d'en arriver à une inversion de valeur telle que les régimes les plus obscurs seraient érigés en martyr. Bien sûr, la relation franco américaine a toujours fonctionné sur le mode de la passion contrariée. Il y a eu le discours de Villepin à l'ONU en 2003 - paroxysme de plus de 40 ans de disputes et de réconciliation. De de Gaulle à Chirac en passant par Mitterrand. Et si aujourd'hui, après avoir frolé le gouffre, les relations se normalisent notamment sur le nucléaire iranien, le fond de commerce est toujours là, alimenté sans complexe par les pro ou les anti. Oui, il faudra bien en sortir un jour, trouver enfin une confiance profonde entre les deux pays - souvent trop sûrs d'eux-mêmes - passer un nouveau contrat, en faisant émerger, en priorité, une Europe forte. Il faudra forcément, aussi, faire naitre une nouvelle diplomatie, ferme mais capable de mettre en berne son arrogance. Une diplomatie courageuse qui agira en oubliant les piètres calculs pour complaire à telle ou telle partie de l'électorat français. C'est aussi celà le défi du ou de la prochaine présidente de la république.

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