Les résultats du vote des militants socialistes pour les motions sont officiels depuis 2h30 ce matin. 29% pour Royal, 25% pour Delanoë à égalité avec Aubry et 19% pour Hamon. Comment décrypter le message des urnes socialistes ? Les militants socialistes ont clairement exprimé un désir de renouvellement des cadres teinté d’une radicalisation de la ligne. Si l’on évalue les nouveaux rapports de forces à l’intérieur du parti, le scrutin de cette nuit marque d’abord le succès de Ségolène Royal, l’échec retentissant de Bertrand Delanoë et François Hollande, un retour honorable de Martine Aubry et bien sûr, la percée éclatante de Benoit Hamon, qui fait apparaître une nouvelle force dans le PS. Les deux motions de ce que l’on pourrait appeler l’ancien PS de Delanoë et Aubry, le jospinisme, ne représentent plus, à elles deux que 50% du parti. Trop de sédiments d’inimitiés, des haines recuites, des divorces dans tous les sens du terme, de vieilles combinaisons rocardo-fabiuso-jospino-hollandaise ont fini par lasser les militants. Des militants qui n’ont pas voulu renier leur vote des primaires de 2007. Le discours plus radical de Ségolène Royal, résolument anti Sarkozy, une com’ tapageuse et spectaculaire, une bonne implantation dans de puissantes fédérations et aussi une liste de signataires plus jeune et plus renouvelée que celle de ses deux principaux concurrents, ont fait la différence. A quoi peut ressembler le nouveau PS ? Alors c’est encore très compliqué à deviner, et on en saura un peu plus à 8h20 puisque Ségolène Royal est l’invitée de France Inter. On imagine que forte de son succès, l’ancienne candidate va sortir de son frigidaire pour appeler à un rassemblement autour d’elle, même si sa candidature ne sera peut-être pas explicite ce matin. Mais rien ne se fera dans la lumière avant le congrès du 14, 15, 16 novembre. D’ici là, des manœuvres d’approche que l’on prendra le temps de vous décrire dans les jours qui viennent, vont préparer un congrès qui, du coup, ne sera pas bloqué comme beaucoup de socialistes le redoutaient ces derniers jours. Est-ce que la crise financière ou l’élection de Barack Obama ont pu jouer sur le résultat ? Le congrès se prépare en même temps que deux événements de portée historique, on ne peut pas croire qu’il n’y ait pas d’influence. La demande de radicalisation du discours et la nécessité du renouvellement sont dans l’air du temps et correspondent à des réactions logiques aux vues du contexte international très fort qui occupe l’actualité. La radicalisation du discours, voilà qui ne sera pas compliqué à exhaucer. Le PS est dans l’opposition et le Président lui-même est devenu néo-chaveziste quand il parle de la crise financière. Le plus hasardeux sera le renouvellement des cadres et pourtant, il serait temps ! Pourquoi faut-il que la carrière politique de haut niveau dure 30 ans quitte à bloquer, non pas de nouvelles carrières mais de nouvelles visions ? Il y a au PS des personnalités intéressantes comme Benoit Hamon, Manuel Valls (à peine plus jeune que Barack Obama) Aurélie Filippeti, Malek Boutih, Guillaume Bachelet et bien d’autres qui sont bloquées par les vieilles écuries ensuquées dans des pratiques du vingtième siècle. Il serait assez salutaire que le PS soit dirigé par des personnalités qui ne se soient pas épanouies dans les cours et les cercles organisés par François Mitterrand, que les nouveaux leaders du PS aient grandi avec Internet et les portables, plutôt qu’avec les yaourtières et les 33 tours, pour qui la DS est un jeu et non pas la voiture du Général et le PC le concurrent du Mac et non pas du PS. Faites le test. Ecrivez sur votre ordinateur « Aubry ou Delanoë » en faisant une faute d’orthographe, votre traitement de texte vous le corrige automatiquement. Valls ? Word ne connait pas et pour Hamon, il propose Marcel. C’est un signe non ? Cette demande de table rase qu’exprime le vote de cette nuit, prouve aussi que malgré ses multiples imperfections -que l’on ne se prive pas de détailler- le PS est, en France, le seul grand parti au fonctionnement démocratique.

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