Retour sur l’intervention télévisée de Nicolas Sarkozy et Barack Obama sur TF1 et France 2, vendredi soir.

Oui, il faut y revenir… Parce que nous avons assisté là, sans doute, à l’épisode le plus significatif, le plus spectaculaire de ce qui peut être proposé en matière de pure communication politique. Il suffit pour s’en convaincre de faire, à la fin de cette double interview, la somme des informations recueillies par le téléspectateur et de la comparer avec l’importance et la solennité, la gravité du propos. Le résultat de cette équation est désastreux : le degré de communication, de symboles et d’affichage est très élevé… En revanche, l’annonce de mesures est quasiment nulle. Pas d’informations, que des impressions. C’est à ce déséquilibre que l’on mesure le trop plein de com’ dans la parole ou l’action d’un responsable politique. Trois jours avant l’annonce, du plan de rigueur censé être le plus important depuis 1945, pas un mot sur la question. Sans doute Nicolas Sarkozy, vendredi, a-t’il réussi à combler une partie de son déficit de « présidentialité » auprès d’une partie de son électorat traditionnel… Nous avons assisté à une captation des deux plus importantes chaînes de télévision… Et à la limite, pourquoi pas ! Si ça avait été pour prévenir l’opinion que des sacrifices importants vont lui être demandés et le lui expliquer…ou pour aborder les questions pointues du G20. Mais là, rien. Essayez simplement de retenir une annonce faite vendredi soir ? Rien, hormis que le président Obama trouve Nicolas Sarkozy très énergique et qu’il aime la France. Et que le président Sarkozy est intime avec le plus grand responsable politique de la planète.

Le président Obama s’est aussi prêté à ce que vous appelez une opération de « pure com’ ».

Bien sûr, il s’y est prêté et il a rendu un fier service au président français dont il apprécie le franc-parler et l’énergie qui sied assez bien avec la façon de faire de la politique aux Etats-Unis. Ces deux présidents veulent montrer qu’ils ont prise sur les événements. Mais si l’on regarde bien ce qu’a dit Barack Obama vendredi… Finalement, c’est de la diplomatie élémentaire et qui n’engage à rien. Un président, invité par un autre vient dire que son hôte est énergique et sympathique. Dans le contexte d’impopularité que subit Nicolas Sarkozy, ces simples mots, assez convenus, valent de l’or dans la bouche de la star mondiale de la politique. Nicolas Sarkozy, lui, a trouvé que la principale qualité de Barak Obama c’est, je cite, « qu’il est un homme que l’on peut convaincre ». En réalité, Nicolas Sarkozy arrive à se faire un compliment à lui-même en suggérant qu’il a réussi à faire changer d’avis Barack Obama sur la taxe sur les transactions financières. On a donc l’impression que le président américain est désormais favorable à cette taxe et que cette taxe va être mise en œuvre. On est très loin de la réalité. Barack Obama n’a pas changé d’avis sur la question, simplement, il ne s’oppose plus à ce qu’elle soit évoquée dans les textes du G20. Si elle devait s’appliquer, ce serait au sein de l’union européenne (moins la Grande-Bretagne) et certainement pas entre les Etats-Unis et le reste du monde. Plus les questions abordées sont complexes et techniques, plus la bonne vieille com’ politique, (celle qui crée des impressions au lieu de donner des informations) peut faire son œuvre. Vendredi, nous avons assisté à un modèle du genre.

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