Le pacte de compétitivité du gouvernement est à la fois un retour en arrière sur la TVA et une petite révolution à gauche.

Pendant que l’Amérique élisait son président, la France a vécu pendant deux jours un vaste cours national d’économie appliquée. Le « choc » de compétitivité, promis par François Hollande, devenu entretemps un simple « pacte », a pris de cours une droite qui évoquait déjà un enterrement de première classe du rapport Gallois. Même si le gouvernement n’a pas suivi le document à la lettre sur les transferts de charges, il en a gardé l’esprit, en lançant son plan massif de soutien aux entreprises.

Mais au prix d’un nouveau reniement, spectaculaire, avec l’annonce de hausses de TVA : le candidat, puis le président Hollande le 14 juillet, s’étaient pourtant engagés à ne pas toucher à cet impôt qu’il jugeait injuste parce qu’il fait porter l’effort sur les revenus les plus modestes. Aussitôt élu, François Hollande s’était même empressé d’abroger la TVA sociale anti délocalisation de Nicolas Sarkozy, votée in fine, entre chien et loup, que le président sortant, pour des raisons électorales, n’avait pas osé imposer au début de son règne.

Les experts à Matignon ont beau expliquer que les hausses présentées hier seraient plus justes, mieux ciblées, avec une baisse des taxes sur les produits de première nécessité… L’exécutif a fini par mettre de côté les discours de campagne, pour aller chercher l’argent là où il se trouve, chez les consommateurs, qui vont débourser 6 milliards et demi d’euros en plus. « Nous avions pourtant fait campagne contre ça », regrette Emmanuel Maurel, le leader de l’aile gauche du PS qui estime qu’aucune relance ne sera possible sans harmonisation fiscale et sociale au niveau européen. Sans oublier les dix milliards d’économie supplémentaires annoncés par Jean-Marc Ayrault, à trouver d’ici deux ans, pour financer pour moitié son crédit d’impôts : d’où sortent-ils donc, alors que Bercy est allé jusqu’à l’os pour économiser sur le budget 2013 ? Les grandes politiques publiques seront ciblées, les collectivités locales sont déjà dans le collimateur.

François Hollande a-t-il changé de logiciel ?

Oui et non. Pierre Moscovici, le ministre de l’économie parle dans le Figaro ce matin de « révolution copernicienne », avec « un souci de justice sociale, fidèle aux valeurs de gauche ». Le gouvernement, confronté au principe de réalité, revient en fait, dans la douleur, à un modèle social-démocrate à l’européenne. Qui est le logiciel de base du président élu le 6 mai. Mais pas celui d’une grande partie de son électorat, trop à gauche et forcément déçu aujourd’hui. François Hollande a évité de parler de choc de compétitivité, sans doute pour s’épargner un choc idéologique, inévitable à l’épreuve du pouvoir.

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