Hier vous disiez que l’enjeu pour F.Hollande était de montrer qu’il y avait encore un président. Alors?

Il y a encore François Hollande. On l’a retrouvé tel qu’en lui-même, se dépêtrant dans une émission un peu brouillonne. Bon connaisseur des dossiers, des problèmes des territoires, des méandres de la fiscalité des entreprises. Pudique sur sa personne, certains​ diront fuyant… Un François Hollande sous-estimé par les autres mais qui pouvait donner l’impression de se surestimer. Bien sûr, il s’est trompé, et il le confesse. Mais il n’hésite pas à refaire des prévisions quand même… à plus long terme (dans dix ans,​la France sera première en Europe)… Un François Hollande plutôt à l’aise, sauf pour parler de lui, jamais dans le ressentiment ni dans la victimisation, avec même quelques trait​s d’humour…

François Hollande était donc bien là…. Mais le président ? Était-il là ?

Ça c’est moins sûr. Il faut dire que le format de l’émission y est pour beaucoup ! Et notamment ce passage avec les 4 ​français qui se sont, et c’est bien normal, successivement adressés à Hollande conseiller Pôle Emploi, m​ministre des PME, préfet de l’égalité des chances à Marseille et ​r​recteur d’Académie. Il y a eu des moments instructifs, éclairant… François Hollande avait prévu une annonce par interlocuteur. Mais y avait-il un président ? Et d’ailleurs quel président veut-on ? Un président Olympien, désignant un cap pour le pays ? Un président à qui l’on demande de se prononcer sur la vie quotidienne des français et des entreprises. On veut la statue du commandeur ET l’assistante sociale dans le même personnage. Finalement la forme bancale de l’émission reflétait bien l’idée paradoxale que l’on se fait d’un président aujourd’hui. La fonction elle-même est devenue bancale depuis le quinquennat et la dilution du niveau national comme échelon décisif. Cette polarisation des attentes de tous ordres sur un seul homme produit un grand hiatus. Et c’est ce décalage entre l’idée que l’on se fait de ce que devrait être un président et ce qu’il est devenu en réalité, qui mine le rapport des français au politique en général et à l’hôte de l’Elysée en particulier. « Je me cramponne », disait François Hollande, dans la première partie de l’émission, quand il s’agissait de parler de sa popularité, de sa situation privée et de la question de l’incarnation. Tout le monde se cramponne ! Les français à leur modèle qu’ils veulent sauver, le président à sa fonction qui lui échappe. Il y a un dialogue singulier entre le président et les Français. Les français semblent dire à François Hollande « soyez président, pesez sur le cours des choses» et le François Hollande semble répondre « croyez en la France, sortez de la déploration de vous-même ». Tant que la politique de François Hollande continue à ne pas produire d’effets, ça risque de rester un dialogue de sourd. L’émission d’hier reflétait cette situation autobloquante pour notre société.

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