Charlie Hebdo encore menacé !

Et voilà qu’il faut encore défendre Charlie après sa Une drôlement provocatrice où Tarek Ramadan apparait dans une posture physiologique, disons, qui permet au journal de lui faire dire : « je suis le 6èmepilier de l’islam ». Il faut donc encore rappeler que l’humour, la caricature et même le blasphème sont des droits. Quand Charlie tourne en dérision un homme puissant, qui a un ascendant intellectuel, religieux et politique sur beaucoup de monde, il est dans son rôle. Ramadan tente à longueur de conférence d’expliquer la soumission de la femme, de la faire passer pour une pratique religieuse ou culturelle respectueuse ! Respectueuse d’une façon que les droits-de-l’hommistes occidentaux, bien sûr, ne pourraient pas comprendre en raison de leurs œillères post coloniales ! Charlie s’attaque en fait à l’hypocrisie d’un puissant théologien, à un abus de pouvoir. Il est dans sa veine et dans le champ de la loi. Le journal ne s’en prend pas à des croyants mais à un discours politique, à un système d’aliénation, et peut être même, pourquoi pas…à une religion, à la religion. Pourquoi aurait-on moins le droit de souligner les travers idéologiques d’une religion que ceux d’un parti politique ? 

Une partie de la gauche est attaquée en ce moment pour sa supposée bienveillance en vers l’islamisme.

En fait, c’est une petite partie de la gauche qui voit en l’islamisme l’idéologie des opprimés. Idéologie qui serait donc, par nature, presque excusable, et mériterait, au moins, une certaine mansuétude. Mais en réalité le débat autour de ces questions est pollué par 2 attitudes extrêmes qui opposent les «contextualistes» aux « essentialistes ». Les « contextualistes » excusent tout par le contexte social et la discrimination réelle que subit une partie de la population en raison de ses origines ou de sa religion. Pour ces contextualistes –qui font fi de la responsabilité individuelle- c’est la société qui est fautive. Il s’agit d’une petite partie de la gauche. A l’Assemblée, seule l’insoumise Danièle Obono –à l’inverse du reste de son parti qui, pourtant s’abstient de la critiquer- seule Danièle Obono peut être rattachée aux contextualistes. Et de l’autre côté, il y a les essentialistes. Ceux qui, à la droite de la droite (et pas seulement au FN), estiment que, par essence, l’islam est incompatible avec la république et la France. L’essentialisme cache en fait un racisme. Il est à la laïcité ce que le contextualisme est à l’anti racisme : un dévoiement, une dérive. Le gros problème avec le débat sur l’islamisme en France, c’est que la gamme, très large et majoritaire des opinions nuancées, entre républicains plus ou moins ouverts ou intransigeants, ne peut être exprimée (en raison, entre autres, de l’hystérie des réseaux sociaux) sans être rejetée dans les camps extrêmes des contextualistes ou des essentialistes. L’humour de Charlie n’échappe pas à cette polarisation disqualifiante. Pourtant Charlie, bien que cinglant et frontal, est, en fait, dans la nuance et la complexité ! C’est une bizarrerie de la langue française : on peut être à la fois pertinent et impertinent… et même, comme la Une de Charlie cette semaine, l’un parce que l’autre.

   

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.