Le mouvement des gilets jaunes du 17 novembre...

C’est un mouvement de contradictions. Un vêtement, une couleur, comme les bonnets rouges, il s’enflamme à l’essence, comme les bonnets rouges... mais la nouveauté, inquiétante pour le pouvoir, c’est qu’il n’est pas lié à une corporation, ni même une activité particulière, si ce n’est celle de se mouvoir. Il représente donc une colère protéiforme. Un ras le bol diffus sur la question du pouvoir d’achat. Et il n’y a personne avec qui négocier. Les figures emblématiques qui commencent à émerger via des vidéos autoproduites ne sont pas mandatées. Leur succès vient de leur spontanéité plus que de leur cohérence. Ce sont, pour le gouvernement, au mieux des thermomètres, au pire des allumettes. En aucun cas des interlocuteurs

L’essence est devenue le produit le plus socialement inflammable !

Alors que, rationnellement,  la colère ne devrait pas spécialement se cristalliser sur le prix des carburants... ils ont déjà été à ce niveau dans un passé pas si lointain, ils sont les mêmes, par exemple au Portugal, pays au niveau de vie inferieur au nôtre. Mais  c’est le produit de tous nos paradoxes : le gouvernement, appelle la population à bouger plus, être mobile dans cette société ouverte. C’est le mot même du macronisme : En Marche ! Et en même temps il dit : ne polluez pas avec votre voiture ! A cette injonction contradictoire, la population répond par sa propre injonction contradictoire et dit aux gouvernants ‘agissez contre la pollution’, elle vénère Nicolas Hulot (qui pourtant, souvenez-vous, mettait autant en cause le gouvernement que la société elle-même). Et, cette même population se braque sur le prix de l’essence, alors qu’en réalité... le pouvoir d’achat global ne baisse pas. Deux sondages de l’IFOP sont éloquents : en septembre, 78% des Français voulaient que la protection de l’environnement soit la priorité du gouvernement... début novembre... 78% (le même chiffre !) sont favorables à l’appel au blocage ! Le prix de l’essence,  c’est le seul prix qui se matérialise. Il est affiché en grand sur les routes. Quand on est à la pompe, on regarde le prix défiler et l’on compare la vitesse des chiffres du prix et celle des litres. C’est infernal ! L’essence a donc tout (symboliquement, mécaniquement) pour devenir l’étalon de la colère. Au-delà de la masse des mécontents non politisés, l’essence permet de réunir les protestations de droite et de gauche. Pour la gauche, l’inégalité fiscale... 60% de taxes  qui affectent surtout les travailleurs, les employés, à comparer au détricotage de l’impôt sur la fortune. Pour la droite, le thème de l’Etat vorace, les ruraux enracinés de la vraie France contre les citadins déracinés, bobos qui n’ont pas besoin de carburants. C’est l’union des fâchés (fachos et pas fachos) pour reprendre un mot des Insoumis ! Ce que Marine Le Pen et JL.Mélenchon ne peuvent pas faire pour des raisons politiques évidentes, l’essence le réalise...  dans cet insaisissable mouvement des contradictions… qui peut s’éteindre tout seul ou mettre le feu à la plaine.

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