La crise financière redistribue les cartes. Sur la scène politique, chacun utilise le flou du moment pour avancer ses pions. C'est un peu comme dans le monde des affaires, il y a bien sûr ceux qui souffrent et subissent la crise et il y a les Warren Buffet qui en profitent pour racheter, à bas pris, ceux qui subissent...justement. En politique, c'est pareil. Il y a moins de victime, pour l'instant. Evidemment, les libéraux affichés, une petite partie de l'UMP, ceux qui ne jurent que par le marché et la dérégulation, ne la ramènent pas trop mais comme de toute façon, en France, ils ne sont pas légion, la quasi-totalité de la classe politique, clame, en ce moment, que le monde qui s'écroule n'était pas le sien. Au PS, les partisans de Benoit Hamon, à l'aile gauche du parti, rappellent fort opportunément que Bertrand Delanoë, qui fait encore figure de favori pour devenir premier secrétaire, s'était, justement distingué, ces derniers mois, en se proclamant « Libéral et social ». Et dans « libéral et social », on ne peut pas le dissimuler, il y a « libéral ». C'est aujourd'hui le sceau de l'infamie - un peu comme si vous étiez, sur l'échiquier politique, à la droite de Gengis Khân, ou à gauche de Pol Pot. On aura noté aussi un soudain gauchissement de Ségolène Royal. Bref, les lignes bougent à quelques semaines du congrès. A la gauche de la gauche, les amis d'Olivier Besancenot bénéficient d'une publicité gratuite dans tous les commentaires politiques pleins d'esprits, qui qualifient le nouveau discours anticapitaliste du Président de discours digne du postier de la LCR. Parmi les victimes de la crise, il pourrait y avoir les écologistes. Ils font partie de ceux qui dénoncent le système capitaliste fou et productiviste depuis toujours, depuis René Dumont en 74 ! Mais -vous avez remarqué- ils ne savent jamais profiter du succès de leurs idées- et c'est vrai qu'aujourd'hui, ils risquent d'être les dindons de la farce, et avec eux, Jean-Louis Borloo, parce que la traduction législative des décisions du Grenelle de l'environnement doit s'opérer à partir d'aujourd'hui à l'Assemblée. Tous ceux qui veulent amoindrir les décisions adoptées au Grenelle de l'environnement auront beau jeu de dire « écoutez ce n'est pas le moment », des amendements détricotant le Grenelle ont été adoptés par les députés UMP en commission, notamment en ce qui concerne les normes de constructions de bâtiments neuf. La crise attise aussi les luttes d'influences au sein même de l'Elysée. Il y a maintenant deux clans à l'Elysée. Il faut choisir son « G », Guéant ou Guaino. Le premier, Claude Guéant, le secrétaire général de l'Elysée, est favorable à une gestion de la crise qui ne sacrifie pas, autant que possible, les critères de Maastricht. C'est-à-dire qu'il faut faire en sorte de ne pas trop dépasser les 3% de déficit. Il a, avec lui, le Premier ministre et une grande partie des parlementaires UMP, ce qui en l'occurrence ne sert pas à grand chose puisque le Président ne leur demande pas leur avis. L'autre « G » se trouve dans le bureau d'à côté. Il s'agit d'Henri Guaino, conseiller spécial. Il fut souverainiste anti Maastricht et estime qu'il faut sortir du carcan des 3% pour renflouer l'économie. Dans la majorité, il n'a pas grand monde avec lui, mais c'est pourtant sans doute ce qui va se passer, par la force des choses plus que par choix politique du Président. Et c'est là le grand paradoxe de cette crise : les politiques sont d'autant plus présents et diserts qu'ils n'ont -en définitive- pas vraiment prise sur le déroulement des événements.

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