Ceux que l’on appelle les "conspirationistes", depuis quelques années sont ceux qui estiment que les attentats du 11 septembre, sont en fait le fruit d’une manipulation, d’une conspiration des services secrets américains, que les terroristes qui ont précipité deux avions sur le World Trade Center étaient manipulés par la CIA ou je ne sais quelle agence de renseignement américaine. Leur principal argument tient au fait que dans le film de la vidéo surveillance du Pentagone, on ne voit pas l’avion s’écraser, on ne voit que l’explosion et que l’on n'a pas retrouvé de débris d’avion dans les décombres de la partie détruite du pentagone. Le fait que des dizaines de témoins affirment avoir vu l’avion, le fait que des dizaines de familles aient perdu un proche qui était passager dans le vol en question, le fait tout simplement de l’absurdité de cette théorie n’a aucun poids face à la construction intellectuelle des "conspirationistes". Je sais déjà qu’en répétant ces évidences ce matin je vais recevoir des dizaines de mails m’accusant de n’être que le suppôt de la version officielle. Et si je traite de ce sujet ce matin c’est d’abord parce que j’ai reçu plusieurs mails récemment d’auditeur s’étonnant que je ne remette pas en doute ces attentats du 11 septembre, moi qui ai pour habitude de décrypter les stratégies et de tenter de démonter les politiques de communication de ceux qui nous gouvernent ou aspirent à le faire ? L’autre raison c’est que les "conspirationistes" viennent enfin (façon de parler) de recevoir le soutien de poids de celui qui tardait dans cette affaire : Jean-Marie Le Pen. La semaine dernière le président du Front National a émis –sur Radio Classique- des doutes sur le 11 septembre, après plusieurs artistes qui se sont exprimés en ce sens récemment. Comme si la remise en cause du 11 septembre était une opinion qui se banalisait. Alors les propos de Jean-Marie Le Pen n’ont pas fait scandale, parce que les propos de Jean-Marie Le Pen, (quel qu’ils soient) ne font plus scandale. Le stratagème est usé, il y a un moment où à trop utiliser le coussin péteur pour se faire remarquer, l’entourage du farceur se lasse et ne se choque plus. Mais ce qui est intéressant (si je puis dire) dans l’argumentation de Jean-Marie le Pen c’est sa revendication au droit de douter. « J’ai le droit de douter, c’est peut être mon coté Voltairien » dit il. Voltaire ?Oui, Jean-Marie LePen qui invoque Voltaire ce n’est pas banal, en l’occurrence je pense qu’il veut plutôt parler du doute cartésien, les Lumières ce ne sont pas ses références habituelles. Mais bon, on comprend ce qu’il veut dire…Et, c’est vrai que dans l’interpellation de ceux qui souscrivent au "conspirationisme", il y a souvent cette revendication : Le droit au doute. C’est ce qui est le plus désarmant parce qu’en effet, une démocratie, une société libre est une société dans laquelle on a le droit de douter, et surtout quand les affirmations viennent d’en haut, du pouvoir et encore plus quand elles viennent du pouvoir le plus puissant de la planète le pouvoir américain. Seulement le pari de Pascal, le doute Cartésien c’est d’abord, la contestation de l’irrationnel par la raison. Il y a dans le dévoiement de l’utilisation du droit au doute par Jean-Marie Le Pen et les "conspirationistes" l’exigence de pouvoir aussi douter des faits. Mais l’idéologie du doute est en marche et rien d’objectif ne peut l’arrêter. Alors ont peut reconnaître le moteur du doute : parfois un antisémitisme latent, souvent un anti-américanisme certain, mais si l’on met ces arguments en avant on met les pieds sur un terrain miné, on se place sur le terrain des idées, (même nauséabondes). En réalité, dans le cas du conspirationisme, le moteur du doute est plus puissant que la raison. Il n’y a donc rien à répondre de raisonnable.

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