Une nouvelle ligne de fracture divise la politique française : l’attitude à adopter face à la Russie.

C’est un peu comme si l’on revenait au temps de la guerre froide. Ce temps où il fallait choisir entre l’URSS et les Etats-Unis. Schématiquement, à l’époque, la droite et les socialistes étaient plutôt atlantistes, le PC prosoviétique…mais la ligne diplomatique de la France, toujours amie de l’Amérique, soignait une relation particulière avec l’URSS, dans un souci d’équilibre, d’indépendance forgée par le général de Gaulle. Après la chute du mur, le monde, croyait-on, ne serait plus bipolaire mais multipolaire. On pouvait s’opposer, ponctuellement, aux Etats-Unis, comme en 2003 sur l’Irak, sans être accusé de faire le jeu d’une autre puissance. Mais avec le retour de la grande Russie poutinienne, c’est bien, encore une fois, deux visions du monde, portés par deux puissances, qui s’offrent à nous. Et, dans toute une série de questions internationales, nous sommes obligés de nous positionner par rapport à ce qui redevient deux pôles dominants.

Et donc, c’est ce que font, en ce moment, les personnalités et les partis politiques français.

Oui, et sur la base d’un mélange d’idéologie et de prise en compte de nos intérêts. Le PS d’abord, bien que critique de la pression capitaliste américaine, est, aujourd’hui, le parti le plus proche des Etats-Unis. Sur la Syrie, à quelques nuances près, l’Elysée est d’accord avec la Maison Blanche pour considérer que Moscou aggrave la situation par son appui à la sphère chiite et en luttant indistinctement contre tous les ennemis de Bachar Al Assad. Au parti Les Républicains , la proximité avec l’Amérique domine aussi, mais l’on sent chez certains une fascination pour la force de Poutine. Et, sans trop l’avouer, pour les valeurs qu’il véhicule : l’identité chrétienne, une vision du monde clairement réactionnaire. Au Front de Gauche, on est bien embarrassé. L’anticapitalisme constitutif de ce mouvement crée une défiance naturelle envers les Etats-Unis, envers l’influence de son « soft ou de son hard power », comme on dit maintenant. Seulement, la force russe montante, celle qui, culturellement, politiquement, s’oppose désormais à l’oncle Sam, c’est une Russie blanche, autoritaire, liberticide. Ça ne peut pas plaire à gauche de la gauche française. Parfois un accès de cécité peut prendre un JL Mélenchon qui refusera (par détestation de l’Amérique du Nord) de voir à quel point les libertés de la presse et de l’opposition sont bafouées à Moscou, notamment au moment de l’affaire Nemstov, cet opposant libéral assassiné dans des circonstances non encore élucidées. Au FN, au moins, c’est clair. On admire Poutine, explicitement pour sa ligne politique nationaliste, « identitariste », antimusulmane et anti-libérale. Les pro-Poutine sont donc le FN dans son entier, une partie minoritaire mais importante de la droite, toute la sphère souverainiste (de gauche et de droite), et quelques députés socialistes. Ce retour du bi-polaire (peut-être d’ailleurs passager) participe à la grande mutation qui semble en marche en France, dans le monde intellectuel comme dans le monde politique. L’apparition d’un nouveau clivage structurant : d’un côté les souverainistes (mot enjoliveur pour nationaliste) et de l’autre les libéraux politiques, de droite et de gauche.

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