La primaire de la droite déborde de son lit…

Oui, les sondages, on le sait, mesurent mal les intentions de vote lors des primaires qui réuniront sans doute 10 à 15% du corps électoral, soit 3 à 4 millions de personnes. En revanche, mesurer, non pas l’intention de vote, mais l’intention de voter est assez instructif. Et le fait que depuis quelques semaines, 10, puis maintenant 15% des électeurs qui déclarent vouloir participer à la primaire sont des électeurs réguliers de la gauche, et que 10% se sentent proches des idées du FN, montre que l’assiette électorale, forcément composée, pour ce type d’élection, de férus de politique, sera beaucoup plus variée que ne l’imaginaient au départ les organisateurs. Et c’est compréhensible, à partir du moment où les candidatures à gauche ne sont pas encore définies, mais que l’on sait qu’il y aura un éparpillement, avec JL Mélenchon, un écologiste, Emmanuel Macron et un socialiste, l’état des rapports de force actuels (et certainement encore au moment de la primaire de la droite dans un mois et demi) ne donne guère de chance à la gauche de figurer au 2nd tour de la présidentielle. De plus, le bruit médiatique de cette primaire était (ces derniers temps) largement dominé par la campagne de Nicolas Sarkozy. Or, Nicolas Sarkozy, bien que ex-président de sa formation politique, est l’ancien président. Il n’appartient plus (même s’il développe un discours sciemment très clivant), il n’appartient plus seulement à son camp, il a été le président de tous les Français, même de ceux qui ne l’aiment pas du tout. Sa parole agit sur tout le monde (pour le meilleur ou pour le pire à son égard) bien au-delà du noyau dur des sympathisants LR.

Et pour l’instant, visiblement ça ne lui profite pas.

Non, depuis une dizaine de jours, la campagne de Nicolas Sarkozy patine, se cherche. Les Sarkozystes s’interrogent. Pour l’instant, ils accusent la presse, la médiatisation des affaires, ils pointent aussi le tous contre Sarkozy qui semble se dessiner de la part des autres candidats de la primaire, ligués contre lui. Personne, dans la sphère sarkozienne n’ose encore mettre en cause le style et la stratégie du chef qui consiste en une droitisation tactique cousue, non pas de fils blancs, mais de câbles de tanker fluo ; ça se voit trop ! Les propos destinés de façon évidente à galvaniser la droite la plus dure sur les questions identitaires produisent un effet contraire. Une partie des électeurs du FN se mobilise pour lui, mais une autre partie des électeurs FN (pas beaucoup moins importante) s’intéresse effectivement à la primaire mais, en bons électeurs de droite, se tourne vers le plus fort : Alain Juppé. Et surtout, des modérés et des électeurs CSP plus, urbains de centre gauche, décident d’aller faire barrage à ce qui pourrait conduire à leur cauchemar pour la présidentielle : un duel Sarkozy le Pen… La primaire de la droite occupe, pour l’instant, quasiment tout l’espace du débat politique. Il n’est donc pas anormal que toute la partie de la population qui s’intéresse de près à la politique (sur tout le spectre idéologique) s’y intéresse aussi… et même décide de s’y impliquer.

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