Ce matin… Éloge de la lenteur. Oui, paraphrasons le bestseller de Carl Honoré, Éloge de la lenteur (c’était en 2005) pour nos controverses, qui naissent, dès que surgit un évènement comme celui de la préfecture de police. Et surtout conseillons ce livre au ministre de l’Intérieur !

Le couteau de l’assassin est encore sanguinolent et nous réclamons les conclusions de l’enquête. Et le ministre de l’intérieur répond sans savoir ! La précipitation est une responsabilité est partagée. 

Nous nous laissons entrainer par l’essoreuse des réseaux sociaux

Bien sûr, les principaux enseignements de l’affaire sont les dysfonctionnements des renseignements du ministère de l’Intérieur. Quelque chose a cloché puisqu’en 2015, Bernard Cazeneuve, à Beauvau, avait créé une structure chargée de repérer les fonctionnaires radicalisés. Une vingtaine d’entre eux ont, depuis, été écartés de leur service. Mickaël Harpon a échappé au dispositif. Est-ce du fait de son handicap, qui en faisait aux yeux de ses collègues un inoffensif évident ? Sommes-nous dans le cadre du fameux risque zéro qu’il faut bien accepter ou du non moins fameux trou dans la raquette ? Toujours est-il qu’une mécanique infernale bien connue a été à l’œuvre, encore une fois, ici, qui nous empêche d’appréhender cet évènement sereinement. 

Mécanique d’emballement et de précipitation

A chaque acte de nature potentiellement terroriste, une sorte de course de vitesse s’engage pour gagner la bataille essentielle de la première impression. C’est une guerre politique éclaire, avec comme belligérants, ceux qui veulent noircir et ceux qui veulent nier, ceux qui veulent fracturer, amalgamer et ceux qui ont une peur bleue de la stigmatisation. 

Les outranciers de chaque camp sont les plus prompts à proposer une lecture des faits propre à servir leur but politique. Et, dans ce cadre, c’est quand on ne sait pas encore tout, dans la période de flou qu’il leur faut parler ! 

Ça commence sur les réseaux sociaux. Très vite le ‘on nous cache quelque chose’ nourrit la controverse. Rumeurs, déductions hâtives, corrélations abusives se rependent et épaississent le brouillard. Les chaines tout-infos, sans infos dans ce laps de temps, en font déjà un événement mono-thématique ! Elles comblent leur ignorance des faits par des propos de spécialistes plus ou moins qualifiés qui supputent. Et déjà les officiels (occupés à mettre en branle leur service pour en savoir plus) doivent répondre aux hypothèses diverses et variées, organiser une défense de corps. Alors, souvent, ils répondent trop vite, se trompent comme Christophe Castarner en disant ce qu’il croit savoir ! 

De ne pas oser un ‘nous ne savons pas encore, soyez patient’, ils inquiètent au lieu de rassurer. La force d’un homme d’État d’aujourd’hui c’est de ne pas se laisser dicter le rythme de sa parole par la folle cadence de l’écosystème réseaux-sociaux-télé-tout-infos. C’est de choisir son tempo en fonction de ce qu’il sait plutôt que de rentrer dans la bataille de la première impression. Ralentir. Voilà un vœu pieux et naïf... Mais si l’on sait que l’émetteur (ministre, médias d’info continue dans leur logique compétitive) ne changeront pas de sitôt, le récepteur, lui, le citoyen, doit retrouver ce que notre monde nous désapprend chaque jour : la patience.

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