**Vous revenez ce matin sur l’interview que Patrick Buisson, conseiller « officieux » de Nicolas Sarkozy, a accordé à « L’Express » de cette semaine.Oui, parce que cet entretien est passé, je trouve, un peu inaperçu. Pourtant il est proprement hallucinant à plus d’un titre. Juste pour comprendre le contexte rappelons d’abord que Patrick Buisson, qui est le patron de la Chaine Histoire est aussi à la tête d’une petite société de conseil politique. Le client de cette société c’est l’Elysée. En réalité Patrick Buisson est une sorte d’éminence grise du Président et récemment la Cour des Comptes a demandé quelques précisions sur les facturations et le statut du conseiller occulte. Patrick Buisson répond dans l’Express mais ce n’est pas ce qui nous intéresse aujourd’hui. Seulement, en apportant ces précisions Patrick Buisson nous révèle, comme ça, en passant que sa société a commandé 134 études d’opinion pour l’Elysée en 2008. 134 en un an ! Une étude d’opinion tous les trois jours ! Et encore, Patrick Buisson est loin d’être le seul fournisseur d’études de l’Elysée. Le plus piquant c’est que Monsieur Buisson se défini lui-même comme l’homme, je cite « chargé de faire vivre et prospérer le lien direct que Nicolas Sarkozy a établi avec les catégories populaires ». On aurait pu penser que celui qui était chargé de faire vivre le lien DIERCT entre le Président et le peuple serait chargé de faire en sorte, par exemple, que le président rencontre et dialogue avec la population sous une forme ou sous une autre ! Non, celui qui est chargé d’entretenir le lien direct entre le peuple et le président, fournit et facture tous les trois jours une enquête quantitative ou qualitative de l’opinion des français. Ce n’est pas une découverte pour vous, Thomas ?C’est le volume qui est une découverte ! Nicolas Sarkozy est donc le champion toutes catégories de la consommation de sondages sur tous les sujets… ça lui donne une connaissance théorique et désincarnée de l’opinion… François Mitterrand et Jacques Chirac étaient presque aussi accrocs que Nicolas Sarkozy aux sondages mais la différence avec ses prédécesseurs est toujours la même. Nicolas Sarkozy nous avait promis la rupture, une gouvernance moderne et transparente et surtout le fameux « retour du politique ». C’est assez antinomique avec cette façon d’être dépendant à ce point de l’état de l’opinion des français au jour le jour et sur tous les sujets. Certaines enquêtes paraissent dans la presse mais d’autres, la plupart, sont confidentielles. Alors c’est la première fois que ce très proche conseiller de Nicolas Sarkozy s’exprime sur ces sujets depuis 2007. On sait que son influence intellectuelle sur le président est grande. C’est Nicolas Sarkozy, lui-même qui l’affirme et donc à lire ce que dit Patrick Buisson on ne peut s’empêcher de se demander ce que partage le Président. Prenons l’exemple (au hasard bien sur) de ce que Buisson dit des journalistes : certains –ceux qui se penchent sur ses activités et leur financement- sont, dit-il, des « maitres censeurs » d’autres composent une certaine « cléricature médiatique et s’arrogent un magistère à base de moralisme et de sectarisme ». Au moins c’est bien dit dans un style pamphlétaire d’extrême droite très vingtième siècle. Et puis il y a la détestation : au plus fort de la crise sociale, « le prurit révolutionnaire dit-il, était dans les médias, pas dans la rue ». « Le prurit révolutionnaire est dans les médias ». C’est un peu comme si nous, les médias, on se permettait de dire qu’il y a dans le style et le propos de Patrick Buisson du « prurit national révolutionnaire » tout simplement parce que Patrick Buisson est un ancien de Minute et du Crapouillot et ancien proche de Pascal Gauchon du groupuscule du Parti des Forces Nouvelles! Maintenant que j’ai dit du mal de Patrick Buisson je vais finir en en disant un peu de bien. Outre cette interview instructive dans l’Express, je vous recommande vraiment les deux tomes de son denier livre : 1940-1945, les années érotiques. Ça parle de la vie sexuelle des français pendant la guerre. C’est original et érudit. Et c’est publié c’est Albin Michel.**

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