A la faveur du débat parlementaire d’hier, nous pointons une évolution du discours des politiques sur la façon de parler des riches.

Et avec cette question, très Georges Marchais des années 70’ dans sa formulation, « comment taxer les riches ? » une question que pose maintenant le moindre député UMP revenant d’un week-end dans sa circonscription. Il faut quand même s’arrêter sur cette interrogation qui parait couler de source dans le débat politique du moment, dans le contexte économique du pays, mais en faisant un petit effort intellectuel pour se propulser mentalement deux à trois ans en arrière, on mesure le chemin idéologique (au moins sémantique) parcouru par la droite. Imaginer donc un député UMP il y a seulement 3 ans, en 2008, c'est-à-dire une éternité, discutant à la buvette de l’assemblée avec l’un de ses collègues centriste. Ils parlent de la politique fiscale, il aurait dit « il faut en finir avec l’impôt sur la fortune, inutile. Ça fait fuir les cadres de talent à l’étranger et sa dissuade de vouloir s’enrichir, c’est donc mauvais pour la croissance ». Trois ans plus tard, c'est-à-dire hier matin, les mêmes à la buvette ; « à ton avis comment on pourrait faire pour taxer les riches ? Faut-il les ponctionner au dessus de 500.000 par ou de 250.000 par an ? », le centriste répondrait « instaurons d’abord la taxe Taubin, taxons l’hôtel de luxe » et en bon centriste, oubliant qu’il l’avait lui-même voté il y a quatre ans, il reprocherait encore à son collègue UMP « l’énorme erreur du bouclier fiscal ». Aujourd’hui le riche est devenu synonyme du profiteur impénitent et sans vergogne. Dans l’imaginaire collectif du moment le très riche a forcement spéculé, ou alors, s’il est capitaine d’industrie, il a forcement délocalisé. Dans un renversement de paradigmes politique, c’est François Hollande, le candidat socialiste qui fait la leçon de gestion rigoureuse et économe au gouvernement en affirmant qu’il voterait la règle d’or qui s’appliquait dés 2012, sans voter pour autant les premières mesures d’économie cette année. Il est à peine surprenant que dans notre sondage IPSOS publié hier Hollande et Aubry soient considérés par les Français comme mieux à même de lutter efficacement contre la dette que Nicolas Sarkozy.

Et c’est Bruno Lemaire, en charge de l’élaboration du programme du futur candidat Sarkozy, qui propose de plafonner l’indemnisation du chômage des cadres.

Une mesure qui pourrait apparaître comme de bon sens social mais qui est combattue par une partie de la gauche au non de la belle mais onéreuse règle hérité du Conseil national de la résistance selon laquelle, en matière de prestation sociale, « on cotise selon ses possibilités et l’on touche selon ses besoins ». Pour l’instant, si le discours de la droite en vers les riches change radicalement, les actes restent relativement pondérés. Mais l’esprit du Fouquets est maintenant aussi démodé que les chansons de Mireille Mathieu de cette soirée de mai 2007. Ce retournement de la vision du « riche » par l’UMP n’est pas sans rappeler un retournement symétrique et inverse à gauche, à la fin des années 80 quand François Mitterrand s’était entiché de Bernard Tapie et de son discours de battant bling-bling décomplexé. Alors il y a toujours, quand la droite évolue, Serge Dassault, l’héritier, l’ami du président, le richissime patron, sénateur UMP et propriétaire du Figaro pour nous rappeler l’esprit des forges d’antan, « taxer les riche c’est nul et idiot » dit-il « on ferait mieux de supprimer la prime pour l’emploi ». Le discours de l’UMP change mais heureusement qu’il est là, finalement Dassault immuable comme un échantillon témoin, un Hibernatus de la droite de classe.

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