Vous évoquez ce matin le malaise du Parti Les Républicains devant la tournure que prend la tragédie des migrants et des réfugiés en Europe.

Oui cette affaire est une épreuve pour ce parti parce qu’elle met en concurrence des logiques et des sentiments contradictoires de la droite sur ce thème. Deux droites s’opposent au sein même du parti. Deux droites présentes au sein des discours de Sarkozy, Juppé, Fillon et des autres prétendants à la primaire (en proportion et parfois à des moments différents). Ce qui n’aide pas à son intelligibilité. La première droite est pragmatique, libérale et chrétienne (en Allemagne c’est Angela Merkel). D’abord sensible au drame des chrétiens d’Orient, cette droite, en France, estime, par extension, que face à une situation exceptionnelle, il faut une réponse exceptionnelle et humaine. Elle prône l’accueil. La seconde droite est autoritaire, conservatrice. Elle pense qu’au-delà d’une application stricte et restrictive du droit d’asile, il ne faut pas céder à l’émotion. Cette droite peut avoir des penchants identitaires, comme le maire de Roanne qui ne veut accueillir que des réfugiés chrétiens ! Chez N.Sarkozy et X.Bertrand (dans leur discours du moment), on trouve plus de conservatisme que d’ouverture, chez A.Juppé et NKM (si l’on se réfère aux déclarations de ce week-end), on trouve une plus forte dose de la première droite (libérale et sociale).

Selon les sondages, les sympathisants, eux, sont rétifs à l’accueil des réfugiés.

Oui, et au fond, si vous parlez en off avec chacun d’entre eux (je parle des dirigeants de LR), ils sont tous beaucoup plus libéraux et ouverts que ce que laisse transparaitre leur discours. Mais la peur panique de voir leurs électeurs rejoindre définitivement les rangs du FN aboutit à cette droitisation et cette distorsion entre les mots et les convictions des chefs. C’est la machine à recycler, adapter et finalement valider le réflexe de fermeture dictée par la peur identitaire et sociale. Bien sûr, A.Juppé, N.Sarkozy, (peut-être pas Nadine Morano, Eric Ciotti, ou le maire de Roanne), mais du moins les principaux responsables, savent que cette vague de réfugiés n’est pas de nature à ensevelir notre identité, ni même à ruiner notre économie. Ils savent ce que vaut l’argument massue, le fameux

« appel d’air », invalidé par les spécialistes des flux migratoires. Mais ils n’ont pas tous exactement le même courage ni la même conception de la politique. Il y a ceux qui préfèrent dire à leur électorat ce que celui-ci veut entendre. Et ceux qui pensent que la sincérité paie plus (ou au moins est plus digne). Les premiers pourraient bien faire un mauvais calcul parce qu’à ce niveau de décredibilisation du politique, il se pourrait que la sincérité du discours devienne, aux yeux des électeurs, plus importante que le contenu du discours lui-même. C’est sans doute la principale raison qui explique, par exemple, (dans un autre camp et sur un tout autre sujet) qui explique que, paradoxalement, Emmanuel Macron, qui ne tient pas le discours que l’électorat de gauche veut entendre, soit pourtant aujourd’hui l’un des leaders les plus populaires au sein même de cet électorat de gauche.

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