Vous revenez sur la polémique entre le New York Times et Manuel Valls à propos de la condition réservée en France aux femmes voilées..

Oui, le quotidien new yorkais a donné la parole à des musulmanes, françaises ou vivant en France. Précisons que ce n’est pas une enquête journalistique mais un appel à témoignage. Ces femmes ont des mots très durs, parlent de ségrégation et dépeignent une société française largement hostile. Manuel Valls a réagi à ce Nieme portrait d’une France raciste. Il estime que ne pas avoir donné la parole à des Françaises musulmanes qui ne portent pas le voile (l’immense majorité) produit une image déformée de notre pays. Il l’a écrit au journal, qui lui a d’ailleurs répondu. Cet échange entre le 1erMinistre et le NYT montre, encore une fois, le mal que nous avons à faire comprendre à l’étranger notre rapport collectif à la religion. L’idée que l’Etat, ou même la société politique, puisse contester à la religion le droit de vouloir édicter des règles de vie sociale est une idée totalement incomprise, singulièrement dans le monde anglo-saxon.

Manuel Valls est-il le mieux placé pour mener ce débat ?

En France, pourquoi pas, même si l’on peut considérer qu’il est parfois un peu raide sur le sujet, le 1erMinistre, chef de la majorité, est tout indiqué es-qualité pour donner sa définition de la laïcité, en débattre et, le cas échéant, proposer au parlement de préciser, adapter la loi dans l’esprit, du moins, du consensus patiemment établi depuis 1905. Mais ça, les Américains ne le comprennent pas. Ils sont organisés en communautés agrégées (ont la même prétention universaliste que nous) et n’admettent pas que l’Etat se mêle de ce des préceptes d'une religion. Et pour eux, quand le chef du gouvernement se préoccupe des droits (et devoirs) des femmes musulmanes, il empiète forcément sur les libertés d’une communauté et donc sur les droits de l’Homme. Il est très difficile d’expliquer aux

Américains l’individualisme positif des Lumières, le fait que la République française ne reconnaisse qu’une seule communauté, la communauté nationale composée d’individus émancipés. C’est d’autant plus difficile qu’objectivement, tous les Français ne sont pas égaux et que la consonance des noms des citoyens discriminés n’y est pas pour rien. Qu’une religion impose, par une forme d’aliénation qui écrase le libre arbitre, un accoutrement qui cache et soumette la femme, nous choque autant que les Américains sont choqués de voir un 1er Ministre s’occuper de ces questions. Vu d’une grande partie du reste du monde, Manuel Valls est un blanc, chrétien qui veut soumettre des minorités. Je me souviens d’une discussion avec des confrères américains quand Lionel Jospin était 1er ministre. Aucun de mes interlocuteurs ne me croyait quand je leur disais que personne en France n’accordait aucune importance au fait que Lionel Jospin soit protestant et que d’ailleurs quasiment personne ne le savait. En réalité, nous n’en avons pas conscience, mais notre modèle laïc, auquel nous tenons, est une spécificité dans le monde. Il faudra trouver les moyens de le préserver, sans qu’il puisse être perçu, à l’étranger, pour ce qu’il n’est pas : un repli identitaire…

► POUR EN SAVOIR PLUS | L'Instant M "Polémique : le New York Times, la France et les femmes musulmanes"

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