Marine Le Pen a fait sa rentrée en utilisant des concepts venus des Etats-Unis : le concept du "Last in close the door" et celui de la "Big picture"

Je ne sais pas si c’est une stratégie consciente mais effectivement deux concepts théorisés par les think tanks conservateurs américains, utilisés par Donald Trump, étaient présents dans le discours de Marine le Pen de hier. Le concept du last in close the door et celui du big picture.

Le premier constitue une évolution de la doctrine du FN, devenu RN

Marine Le Pen s’est explicitement adressée aux immigrés qui sont les victimes de ce qu’elle a appelé ‘la barbarie’ ambiante dans certains quartiers. Elle les a désignés comme victimes (à l’égal du reste de la population) de l’insécurité galopante. Aux Etats-Unis, on s’est aperçu que les immigrés d’origine asiatique ou d’Amérique latine développent rapidement des réflexes sécuritaires et s’en prennent aux derniers arrivés, comme si ces derniers allaient fragiliser leur propre capacité à s’intégrer. C’est ce que les politologues américains, toujours créatifs, appellent The last in close the door, le dernier entré ferme la porte. Les républicains favorisent ce sentiment par des discours conçus pour cela. Hier, Marine Le Pen semblait avoir parfaitement intégré cette réalité politique. 

Et la Big Picture… qu’est-ce que c’est ? 

Il s’agit de donner de la réalité une image générale (big picture) qui représente une catastrophe généralisée. Il faut donc souligner tous les problèmes, ne pas hésiter à les grossir. Faire un décor général angoissant et menaçant. Vous allez me dire… ce n’est pas nouveau. C’est même le propre des démagogues que de tout exagérer, de jouer sur les peurs, de répéter que le danger est au coin de la rue ou du bois… Mais l’idée du Big picture est plus fine : il s’agit de cesser de pointer (comme le faisait par exemple Jean-Marie Le Pen) les hordes d’étrangers.

Bien sûr, ce sont toujours eux qui représentent le danger mais ce ne sont plus eux les responsables. Les responsables, ce sont le gouvernement et les élites qui perdent le contrôle des choses. L’ordre est inversé. Là ou Jean-Marie Le Pen disait :

  1. les étrangers nous envahissent 
  2. que fait le gouvernement ? 

Marine Le Pen dit :

  1. le gouvernement et les élites ne contrôlent plus la situation, donc 
  2. le désordre du monde nous atteint. 

Ça change tout !

D’abord ça parait moins raciste. L’intérêt, c’est aussi que si l’on pointe le désordre du monde en premier, on se dit qu’il n’y a rien à faire. La vague est trop forte. En revanche, si l’on met au centre de la Big picture le gouvernement et son irresponsabilité, il y a une solution évidente : changer de gouvernement. Il faut que la Big picture soit telle que celui qui la présente apparaisse comme la seule solution à la catastrophe qu’elle dessine. 

Ecoutez un discours de Marine Le Pen en ayant en tête la Big picture et vous verrez, il se déconstruit de lui-même. Pour ce qui est de son efficacité, ça dépend du talent de celui qui l’utilise. Et là, rien n’est fait. 

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