Unies hier au passage de la flamme olympique ; divisées aujourd'hui à l'Assemblée Nationale sur la motion de censure, opposition et majorité sont parfois dans un jeu plus subtil, notamment dans le débat sur les OGM. Dans ce débat sur le projet de loi OGM, visant à définir ce qui est et n'est pas autorisé de la culture des OGM, on se retrouve effectivement depuis plusieurs jours à front renversé. Des élus de gauche qui viennent en aide à des ministres de droite, et des députés UMP qui font tout pour mettre à mal le texte du gouvernement. Et quand rien ne va plus, quand l'opposition ne sait plus quoi inventer pour faire plier la majorité, et bien certains brandissent l'arme de la dernière chance, une chanson de Carla Bruni en l'espèce : "Tout le monde a une seule vie qui passe, Il faudrait que tout le monde réclame auprès des autorités, Une loi contre toute notre indifférence." Voilà, Carla Bruni à la rescousse, le socialiste François Brottes réclame à son tour hier aux autorités une loi pour un monde sans OGM. Peine perdue, mais sourires sur les bancs, moment de calme et de courtoisie dans un débat qui en a parfois manqué. Le sujet est électrique, conflictuel et passionnel. La secrétaire d'état à l'écologie Nathalie Kosiusco-Morizet en sait quelque chose. Pour avoir accepté de travailler avec le vert Yves Cochet sur les OGM lors de la précédente législature, elle s'était fait prendre à parti par une éminente personnalité de son bord : "les trans courants ici, ça ne marche pas, lui avait-il lancé d'un air menacant, si t'es anti OGM, tu joues contre ton camp". A son tour, François Grosdidier, l'un des rares UMP à se battre aujourd'hui pour que la transparence prévale sur la préservation des intérêts économiques de certains, reconnaît que pour ses amis il est un traitre à sa cause. Noms d'oiseaux, accusations graves échangées de bancs à bancs, "Vendus à la cause des semenciers contre voyous faucheurs d'OGM", le débat avance cahin-caha. Et s'achemine vers un texte beaucoup plus pro OGM que ne le laissait attendre les conclusions du Grenelle de l'environnement, où les quelques rares restrictions en matière de transparence, d'encadrement des cultures, sont souvent à mettre au crédit de la gauche, avec l'aide ponctuelle de quelques députés UMP, et l'attention complice d'un gouvernement qui n'en peut mais... Situation ubuesque dans l'hémicycle. Un ministre d'état, converti aux bienfaits de l'écologie depuis qu'il a découvert que "dans ce ministère de l'apocalypse, il pouvait sauver la planète avec ses habits de super héros" aux dires d'un de ses conseillers, Jean-Louis Borloo donc, qui réclame aujoud'hui le dispositif le plus précautionneux de la planète mais qui semble être souvent l'otage de sa propre majorité. Une secrétaire d'état convaincue, mais qui n'a pas toujours l'autorité politique pour imposer ses vues. "Furax" souvent des ordres venus d'en haut, elle vit, dit-on, "de grands moments de solitude", mais assure publiquement, se réjouir de petites victoires successives. Transparence, respect des AOC, protection des parcs naturels en matière d'OGM, c'est toujours ça de pris. Une majorité rétive par nature et culture à la Vertitude des lois restrictives qu'on lui demande d'adopter. Plus productiviste qu'écologiste, elle se voit contrainte par le président de la République d'agréer les conclusions d'un Grenelle de l'environnement dans lequel elle ne se reconnait pas. Aujourd'hui, en se raidissant sur le texte, elle entend peut-être aussi lui faire payer ses déboires aux municipales. Enfin, une opposition qui se refait une virginité écologiste à peu de frais. Le vote solennel sur le projet de loi n'interviendra sans doute que demain. Chaque député devra alors aller voter pour ou contre ce texte à la recherche d'équilibres bâtards, quand chacun sait que l'opinion publique est très défavorable globalement aux OGM. En réalité toute la question est de savoir si en l'état, le gouvernement lui-même, en conscience, voterait SON texte.

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