Lundi, l'ex candidate à la présidentielle a demandé pardon aux Africains pour le fameux discours de Dakar de Nicolas Sarkozy. Rappelons que ce discours du Président, prononcé lors de son premier déplacement en Afrique sur « l'homme africain qui n'aurait pas su entrer dans l'histoire », ce discours est maintenant globalement considéré comme un discours-bourde, même dans la majorité. Pour certains, il a été simplement mal compris, pour d'autres, il a été mal écrit. Toujours est-il qu'il est raté puisqu'il est contesté de toutes parts. Contesté en Afrique, puis par le ministre des affaires étrangères, hier encore, qui l'a qualifié de « peut-être maladroit ». Ce discours écrit par Henri Guaino avait aussi fortement déplu à Jean-David Lévite, le conseiller diplomatique de l'Elysée qui, d'après ce que nous savons, avait même limité la casse en supprimant certains passages au dernier moment. Alors, ce qui frappe dans les propos de Ségolène Royal, c'est toujours la même chose : c'est l'aplomb, le culot. On est confondu en entendant la présidente de Poitou-Charente, qui semble s'excuser au nom de la France, se lancer dans un exercice de repentir qui aurait une portée quasi universelle. « J'ai dit pardon pour l'ensemble des désordres et des souffrances qui ont été infligées à l'Afrique » a-t-elle commenté en toute simplicité hier soir. En Angleterre, pour chaque ministre, il y a une sorte de ministre bis de l'opposition, sans aucun autre pouvoir que celui du verbe, bien sûr. L'ensemble de ces contres ministres forme ce que l'on appelle un "shadow cabinet", un gouvernement fantôme. Ségolène Royal vient d'inventer le "shadow Président". Ségolène Royal est la contre présidente. Elle ne s'oppose pas, elle semble présider en parallèle une République virtuelle. En Afrique, par exemple, Ségolène Royal a inauguré des écoles. C'est tout à fait naturel puisqu'il s'agissait d'une coopération entre sa région et le Sénégal. Mais c'est vrai que ces gestes, ces voyages et ces déclarations miment des gestes, des voyages et des déclarations d'une Présidente. Est-ce une stratégie ou un état d'esprit ? C'est à se demander. La façon dont elle demande pardon aux Africains, sans citer Nicolas Sarkozy, mais en faisant allusion très clairement au discours de Dakar, est tout à fait hors norme. Normalement, Ségolène Royal aurait dû dire, « je ne suis pas d'accord avec le discours du Président de la République et je peux vous assurer que la plupart des Français non plus ». A la limite (mais ça aurait fait rire tout le monde), sa fonction lui autorisait à dire tout au plus « pardon au nom du Poitou-Charente ». Mais cette façon d'éponger les paroles du Président comme si sa propre parole revêtait une part de légitimité quasi équivalente est tout à fait significative. Bien souvent, Ségolène Royal évoque les 17 millions de Français qui ont voté pour elle, comme si pesait sur ses épaules la responsabilité de 47% des Français. Mais la légitimité ne se partage pas. Celui qui réalise 50% plus une voix représente toute la France. On dénonce souvent le caractère monarchique de nos institutions. Les présidents élus ont beaucoup de pouvoir et tentent de les accroître. Tous les Présidents de la cinquième République ont subi ces critiques souvent justifiées. Ségolène Royal, dans l'opposition, a aussi ce travers. Elle a un côté princesse en exil qui prétend incarner une partie de la France, sorte de duc d'Orléans attendant son heure. C'est, à l'évidence, plus qu'une stratégie. C'est un état d'esprit.

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