Et dans votre édito ce matin : la rumeur…Oui, d’abord rappelons une spécificité française. L’épouse du président de la république n’a aucune existence officielle. Il n’y a pas de première dame en France. Et puis personne ne peut sérieusement dire quel est le rapport entre la popularité d’un politique et les bonnes ou mauvaises relations supposées qu’il entretiendrait avec son épouse, sa compagne, son compagnon ! C’est une spécificité française assez réjouissante d’ailleurs. Les frasques réelles ou supposées des présidents Giscard, Mitterrand ou Chirac ne sont pour rien dans leurs succès ou leurs échecs électoraux. Tout ceci pour dire que la rumeur qui circulait ces dernières semaines sur les difficultés du couple présidentiel aurait pu enfler et prospérer, ça n’aurait eu aucune importance. Dès lors, quelle drôle d’idée de faire croire que ces rumeurs soient le fait d’un complot international comme le laissait entendre Pierre Charon, l’ami-conseiller du président ou maitre Herzog, son avocat ? Le seul effet de cette stratégie de conseillers d’opérette aura été de relancer la rumeur et d’en alimenter d’autres. Chacun, dans l’entourage du président semble vouloir montrer qu’il excelle sur son terrain. Le terrain de la rumeur était devenu la spécialité de certains conseillers. Voilà qui ressemble de plus en plus à un phénomène de cour qui, décidément semble être inévitable dans la pratique de la cinquième république. Et puis Carla Bruni a parlé…Oui et hormis le mensonge sur l’enquête de la DCRI qui trahit bien l’existence d’un début de paranoïa chez certains au sommet de l’Etat, l’épouse du président a enfin dit ce qu’il y avait à dire…que tout ça n’avait aucune importance. Par rapport aux difficultés que vivent les français, c’est la moindre des choses que de faire comprendre que le président n’accorde aucune importance à ces rumeurs. Cette intervention était nécessaire parce que cette affaire prenait des proportions proprement ridicules qui allaient –par comparaison- mettre les savoureuses chroniques du règne de Nicolas Ier de Partick Rambaud au rang d’un gentil Martine à la plage. Que Rachida Dati, ancienne garde des sceaux ait été nommément mise en cause, que des proches du président, appointés par l’Etat en leur qualité de conseillers à l’Elysée se répandent en confidences « off », c’est-à-dire en délivrant des informations à ne pas divulguer mais à laisser courir quand même l’air de rien…c’est un phénomène politique à analyser. Je vous rassure je suis conscient de la part d’hypocrisie que comporte ce raisonnement qui justifie cette édito mais vous, auditeurs qui jurez la main sur le cœur que tout ça ne vous intéresse pas, je vous ai bien senti tendre l’oreille. Dans cette affaire nous souffrons, encore une fois du fonctionnement archaïque de notre communication politique. Nous sommes toujours dans un mode de relation entre la presse et les entourages fait de confidences, de faux « off », de vraies fuites organisées, de connivences intéressées. Il n’y a pas de remède contre ces pratiques qui permettent toutes les petites manips’ et qui n’incitent pas à la rigueur journalistique. Mais il existe des outils de transparence qui en limiteraient les effets pervers. Ce serait par exemple d’instaurer un porte-parole du chef de l’Etat. Ça existe dans toutes les démocraties modernes. Un homme ou une femme qui ne ferait pas de « off » mais qui répondrait « on » à des questions simples, par exemple : qu’est-ce qui a réellement été mis en œuvre pour connaître l’origine de la rumeur ? Y a-t-il eu des écoutes ?… quelle est la véritable ampleur de la mobilisation du contre espionnage pour tirer au clair cette affaire ? Il y avait un porte parole, souvenez-vous, au début du quinquennat, David Martinon. Ça n’a pas tenu. Cette éphémère et relative modernisation de la communication Elyséenne n’a pas survécu au retour des intrigants, aux distilleurs de « off ». Le flou, l’ambigüité, l’opacité sont des facilités dont les gouvernants français ont décidément du mal à se passer ….

L'équipe

Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.