François Hollande a affirmé ce week-end que sur la transparence et de moralité, il irait « jusqu’au bout… ». Qu’est-ce que ça peut vouloir dire ?

On le saura bientôt, l’Elysée promet un choc de moralité. Un choc de plus. La mode est aux chocs mais après les annonces de choc de compétitivité, choc de simplification et maintenant choc de moralité… pour l’instant le seul véritable choc que nous ayons subi sous la présidence de François Hollande, c’est le choc de sidération et de dégoût avec l’affaire Cahuzac ! Alors aller « jusqu’au bout », pour reprendre l’expression du Président, finalement, ce serait assez simple. Pas besoin de remaniement, de référendum ou de dissolution. Il suffit d’appliquer les recommandations tout à fait sensées, établies depuis longtemps par les rapports ou par des associations comme Transparence Internationale ou Finance Watch. « Aller jusqu’au bout » ce serait par exemple imiter l’initiative de Barack Obama qui sera en vigueur à partir de 2014. C’est-à-dire interdire à toute banque ou tout établissement financier étranger, qui refuserait de communiquer ses informations sur les clients français, de faire des affaires en France. Instaurer avec toute banque étrangère, l’échange d’informations automatique. Bien sûr, pour être efficace ces mesures doivent être européennes mais Paris peut être précurseur et les opinions du continent, exaspérées par ces affaires qui secouent aussi leurs pays, sont prêtes. Seuls l’Autriche et le Luxembourg semblaient réticents mais hier le Luxembourg a fait savoir qu’il pourrait évoluer sur ce sujet… Si toute l’Europe adopte cette idée d’échange automatique d’informations bancaires, la Suisse sera isolée et vite obligée de changer d’attitude.

Sur le plan intérieur, quelles seraient les mesures pour « aller jusqu’au bout » ?

Déjà revenir sur cette disposition voulue par Nicolas Sarkozy : l’extension possible du secret-défense en matière d’affaires financières… Pour les parlementaires et les ministres : rendre parfaitement transparentes et publiques les déclarations de patrimoine et surtout fournir à la commission de contrôle de financement de la vie politique de véritables moyens d’investigation. Doter en moyens et en hommes les services qui s’occupent de la délinquance financière. En matière de conflits d’intérêts, étendre le champ des incompatibilités entre le mandat de parlementaire et certains métiers. On sait très bien que de nombreux députés sont devenus avocats d’affaires, une fois élus, et que pour certains d’entre eux c’est une bonne façon de monnayer leur carnet d’adresse et de se faire de solides relations intéressées. Il faudrait aussi, qu’à l’instar de la plupart des pays d’Europe du Nord, le lobbying soit strictement encadré. On devrait savoir exactement quelles entreprises et quels cabinet de lobbying ont été consultés pour l’élaboration de chaque loi. Bref, établir une traçabilité de la loi. Ces mesures sont prêtes. C’est très facile ! Ça fait des années que ceux qui alertent dans le désert sur ces sujets les ont préparées. Généralement on leur répondait « attention à la tyrannie de la transparence », « attention aux chevaliers blancs moralisateurs »… La France est encore très très loin de subir une quelconque tyrannie de la transparence, encore bien ancrée dans la connivence affairiste et l’opacité… Des demi-mesures ou alors des commissions pour réfléchir à ce qu’il faudrait peut-être envisager, bref une once de mollesse ou d’attentisme serait insupportable. Il faut un choc. Un vrai !

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